UASG ATHLETISME

UASG ATHLETISME

CR de la Montagn'hard le 07/07/2012 par Stéphanie T

La Montagn’hard – 111km D+9000m – 7 et 8 juillet 2012

 

 

Pourquoi la Montagn’hard ? Parce qu’il y a un train direct Paris-St Gervais !!! Et qu’après le départ est à une dizaine de km et qu’il y a des navettes. Donc choix pratique. Parce que sinon, je n’aurais jamais choisi cette course, qui est sur le papier beaucoup trop dure 7 semaines avant le GRP. Donc on verra fin août si cette course m’a épuisée ou si au contraire c’était un bon entraînement.

 

Avant la course

Je la sentais très mal cette course. Début juin, j’étais épuisée après le 10km de Vincennes. Je ne sais pas si c’était lié aux 10km, mais la semaine qui a suivi je n’avais plus d’énergie. Le WE suivant, 2 jours de trail à Annecy (80km D+4500m), où je n’avançais pas. Mais WE bénéfique qui m’a bien fait mal aux cuisses ! Puis entraînement sur l’ultra 25 bosses, où là ça a été un vrai calvaire. 5h15 !!! Pour un parcours que je dois faire en 4h … Donc je n’étais pas du tout en confiance. Le 30 juin j’ai cependant fait le trail du Muguet (21km D+350m) qui m’a un peu rassurée, où j’ai réussi à courir sans être épuisée.

Jour J

Levé 3h15. Je n’aime pas ces courses où il faut se lever tôt, on part en étant déjà fatigués. Et en plus je n’ai pas le temps de digérer mon repas de la veille, même en mangeant à 19h. Résultat je pars en ayant mal au ventre. A cette heure là je n’ai pas faim, mais je mange du gâteau sport quand même, mais moins que d’habitude. Le temps de digérer, je prépare mes sacs. Là c’est compliqué : il faut faire le sac de trail avec lequel je vais courir, le sac coureur que je vais retrouver à la moitié du parcours, et mon sac qui va rester à l’hôtel. Vu qu’on ne va courir qu’une heure ce matin avec la frontale, je pars avec la Tikka et je mets ma super nouvelle lampe mais qui est plus lourde dans mon sac coureur. Bonne stratégie puisque je l’ai récupérée à 20h avant la nuit. Dans le sac coureur je mets également un tee-shirt manches longues qui ne me servira pas dans la journée, une tenue complète de rechange et même des chaussures. Et des gels / barres. J’ai regretté de ne pas avoir pris ma brosse à dents !!! et de la compote. J’en avais bien envie à ce moment de la course. Tout ça nous amène à 4h55, il est temps d’y aller, le départ étant à 5h ! Heureusement l’hôtel est juste en face du départ. On place nos sacs coureurs dans une remorque et on se place dans le sas. Du coup on se retrouve devant. Briefing, la musique, le décompte et c’est parti …

Au début, les bâtons sont interdits jusqu’au km5. On commence par monter une piste de ski dans l’herbe, j’ai déjà les pieds mouillés. Petite montée de 400m. Puis une descente de 600m, certainement le seul moment de la course où je peux courir pour de vrai !!! Je me fais doubler par une femme, je suis donc deuxième (en partant devant, je savais où j’en étais du classement). Et on arrive à Bionnay où on peut prendre les bâtons pour attaquer les choses sérieuses. Là une autre femme me double, je suis troisième. J’enlève la frontale. Là j’avais fait une erreur, j’avais mis de la crème solaire avant de partir, sauf que du coup la frontale glissait, et surtout j’ai peur que les frottements aient enlevé la crème et que je prenne un coup de soleil avec la marque de la frontale ! Une montée de 500m avant de redescendre 300m et d’arriver au ravito. Pour l’instant, le parcours est roulant. C’est toujours ça de pris. On m’a tellement dit que le parcours était très technique que ça m’effraie. Parce que qui dit technique dit 2km/h même en descente.

 

CP1 : Les Toilles, 6h45, 1h38’25 de course, 9km

J’ai très peu bu, donc je ne remplis pas la poche. J’ai de la poudre dedans, du coup je la garde pour avoir de l’énergie tant que je la supporte. Je prends juste 3 abricots secs. J’avais calculé des temps de passage pour terminer la course en 36h (barrière horaire). J’ai 1/2h d’avance. Et je repars en montée pour 850m jusqu’au Prarion. Je me fais de nouveau doubler par une femme, je suis quatrième. Très jolie vue, mais je ne m’attarde pas. Je sors les lunettes de soleil, il est tôt mais le soleil commence à taper. Puis grande descente de 650m jusqu’au ravito.

 

CP2 : Bionnassay, 9h03, 3h55’30 de course, 19km

J’ai 1h30 d’avance sur mes prévisions. Je vide ma poche à eau même si j’ai peu bu, mais j’en ai marre de la poudre, j’ai envie d’eau pure. Je mange 3 abricots secs, et je repars avec deux sandwichs au fromage (de la tomme très bonne). Une autre femme arrive, faut pas qu’elle me rattrape ! Montée de 800m jusqu’au col du Tricot. Je prends un gel dans la montée. Puis descente de 550m jusqu’au ravito de Miage. Entre temps, on est passé sur la passerelle de Bionnassay. Sur le règlement, ils parlaient de cette passerelle, qu’il ne faut passer que un coureur à la fois et sans courir. Je m’attendais à un truc qui fait peur, mais pas du tout ! Ca ne balance même pas. Donc je passe sans problème.

CP3 : Miage, 11h03, 5h56’13 de course, km27

Toujours 1h30 d’avance sur mes prévisions. La 3ème femme est là, assise sur une chaise à vider les cailloux de ses chaussures. Et me voilà 3ème J, ce que les bénévoles vont m’annoncer tout le long du parcours « bravo, vous êtes la 3ème ». Je remplis ma poche à fond, parce que j’ai compté 4h jusqu’au prochain point d’eau. Et pareil, je prends des abricots secs et je repars avec deux sandwichs au fromage. Petite montée de 150m avant de redescendre 450m. Et dans la descente, catastrophe. Je sens de l’eau sur mes mollets. Je touche le fond de mon sac et il est trempé. J’ai dû mal refermer le bouchon. Je regarde, il m’a l’air bien fermé. Ca doit être parce que j’ai mouillé la poche en la remplissant et que toutes les gouttes ont dû se regrouper et ça coule. J’essuie la poche et je repars. Et une minute plus tard, ça goutte encore. Là ça sent le problème. J’enlève mon sac de nouveau, je regarde mais je ne vois rien, je ne comprends pas. Je perds du temps à chaque fois, la 4ème va me rattraper … Puis me vient une idée, je vais mettre la poche dans un sac plastique comme ça je verrai si la poche est vraiment percée. Je m’arrête une 3ème fois et mets la poche dans un sac. Ce n’est pas le moment qu’elle fuit, 4 heures sans point d’eau … J’attaque une montée de 700m. Je vérifie mon sac de temps en temps, il ne coule plus. J’espère que ce n’était rien. Puis au bout de quelque temps, de nouveau des gouttes. J’enlève mon sac pour regarder, le sac plastique est plein d’eau. Catastrophe. Comment je vais faire ? Il n’y a pas 1000 solutions : soit je continue avec le sac plastique mais il faut que je m’arrête régulièrement pour vider l’eau, soit au ravito quelqu’un peut me prêter une poche à eau (un bénévole ou quelqu’un qui abandonne !), soit je prends une bouteille. Arrivés au sommet, il reste une petite descente et une petite montée avant d’arriver au ravito. Je vois au loin un chalet, j’espère que c’est le ravito. (Effectivement c’était bien ça)

 

 

CP4 : Tré la tête, 13h41, 8h33’54 de course, 41km

On me demande si tout va bien, je dis que ma poche est percée. Les bénévoles regardent, et effectivement elle coule au niveau d’un côté. Un des bénévoles me donne un bidon. C’est juste une fontaine, donc il n’y a pas de bouteilles d’eau. C’est toujours ça, j’aviserai au prochain ravito. Je garde quand même ma poche, je ne sais pas trop pourquoi. Descente jusqu’au ravito des Contamines. J’ai le bidon dans le sac, je n’arrive pas à le mettre dans les poches extérieures. Donc pour boire il faut que j’enlève le sac, ce qui n’est pas du tout pratique. Du coup je ne bois pas beaucoup. Je rejoins 2 coureurs avec qui je discute un peu, ça m’occupe. Belle descente, avec même du plat sur la fin où je peux trottiner.

 

CP5 : Les Contamines, 15h, 9h53’20 de course, 45km

Je demande aux bénévoles s’ils auraient une poche à eau, mais personne n’en a. Une dame me dit que je peux aller en acheter une au magasin de sport. Très bonne idée sauf que je n’ai pas d’argent (la prochaine fois j’en prendrai, je comprends maintenant à quoi ça peut servir !). J’entends qu’un coureur abandonne (un speaker l’annonce au micro, sympa pour le coureur, au moins tout le monde le sait !). Je me dis que je pourrais lui demander de me prêter sa poche à eau, mais je n’ose pas. Je tente de strapper ma poche, mais quand je la remplis, elle goutte trop. Donc je demande une bouteille d’eau et je jette ma poche. La prochaine fois je reprendrai ma poche isotherme, certes 100g plus lourde, mais au moins elle est solide et elle se tient mieux dans le sac. J’avais voulu faire light, mais ce n’était pas une bonne idée. Pourtant, c’est la décat’ que tout le monde a. J’ai peut-être juste eu pas de chance. Donc me voilà avec une bouteille de 1.5L pour faire les 5h suivantes …

Maintenant, j’ai 2h30 d’avance sur mes prévisions. La 4ème femme arrive, mais ce n’est pas la même, l’ex-4ème s’est donc fait doubler. Je fais comme d’hab’, abricots secs et 2 sandwichs au fromage. Et c’est parti pour l’ascension du Mont Joly. 1400m de D+. Je commence à en avoir marre, j’allume mon portable. J’ai plein de messages, ça me fait super plaisir. Je réponds, on me répond, ça m’occupe. Ca me passe un peu de temps. La montée est très dure, en plus il fait super chaud, et pour boire, je dois enlever mon sac donc je ne bois pas autant que j’aimerais. Je mange une barre, il me faut de l’énergie, et les gels, j’ai peur qu’ils me fassent mal au ventre, et surtout je n’en ai pas envie. Je n’avance pas, c’est l’horreur. Puis j’arrive à la bifurcation du 100 avec le 60. On a la possibilité de basculer sur le 60 et d’être finisher du 60 avec 2 points UTMB. Mais je suis là pour le grand donc je continue ! Je vois un sommet, ça doit être le Mont Joly. J’ai déjà beaucoup bu, et coup de chance, on passe devant une ferme avec une fontaine, donc je remplis. Je n’avance plus, je ne vais jamais arriver en haut. Ce qui me rassure, c’est de voir que les autres ont l’air de galérer autant que moi. J’arrive enfin en haut, et là, l’horreur, ce n’est pas le sommet ! Il y a une autre butte, en cailloux et j’ai bien peur qu’il faille y monter. Une pancarte indique que l’on est à 2100m. Or sur le plan, le Mont Joly est à 2500m, donc il me reste 400m. Noooooooon ! En plus un pierrier, galère à monter. Je dois être à 1km/h tellement je n’avance pas. Je fais 3 pas et je m’arrête pour souffler. Peut-être que je suis aussi en manque d’oxygène. Je vois que les autres sont dans le même état que moi.

 

CP6 : Mont Joly, 18h09, 13h01’59 de course, 55km

Enfin le sommet J Il y a beaucoup de vent. Et dire qu’il faudra revenir là au retour … On passe sur la crête, c’est très joli. Ce n’était pas un ravito, juste un bénévole pour nous biper. Je suis épuisée. Et maintenant il faut tout redescendre, 1300m. La descente n’est pas technique, ce sont des lacets. Mais j’ai du mal. Je n’ai plus d’énergie, et je n’arrive pas à manger. Je n’essaie pas, mais je pense que je n’y arriverai pas. Pourtant j’ai faim. Le soleil tape toujours, je me demande si je n’ai pas une insolation. Mal à la tête, je suis incommodée par le soleil, les oreilles qui sifflent, mal au ventre, envie de vomir … Comme avant de faire un malaise. Donc je ne sais pas trop si je vais vomir ou tomber dans les pommes. En plus il y a du vent qui me fait pleurer les yeux, et là l’horreur, du sel me coule dans les yeux, et ça brûle. Je finis par arriver en bas donc bientôt le ravito. Mais en fait, pour arriver au ravito, il faut remonter 50m et là je n’y arrive pas. Je ne veux pas manger puisqu’on est presque au ravito, mais je n’arrive pas à monter. Je n’ai plus d’énergie. Je fais 3 pas et je m’arrête pour récupérer. J’avance tout doucement, et enfin je vois le ravito. Je suis sauvée !

 

CP7 : Les Tappes, 19h43, 14h36’13 de course, km61

Les bénévoles s’occupent de moi. Ils vont chercher mon sac coureur, me servent à manger, et m’installe à une table. Ils me proposent de voir un podologue, mais ça va, je n’en ai pas besoin. Je mange un bol de soupe et de pâtes. J’essaie de manger du jambon blanc et un sandwich au fromage, mais impossible d’avaler. Et là, erreur, j’aurais dû reprendre des pâtes, parce que finalement je n’en ai pas mangé beaucoup. Je remplis ma bouteille d’eau.

J’ai toujours mes 2h30 d’avance. Je change ma frontale, je prends la Ferei pour remplacer la Tikka. Je ne me change pas, il fait encore chaud donc ça ne sert à rien de changer de tee-shirt, il sera vite trempé. Il ne fait pas froid, mais je prends quand même le tee-shirt manches longues, on ne sait jamais. Je prends des barres plutôt que des gels. Je ne garde que 2 gels mais je prends 4 barres. Et c’est tout. Je ne change pas non plus de chaussures. Je repars, il doit être 20h05. Petite descente avant de remonter 900m jusqu’au col de la fenêtre. Et là, catastrophe. Je m’apprête à boire, et en ouvrant ma bouteille, elle fait pschiiiit. Aïe, aurais-je inverser ma bouteille d’eau avec une bouteille d’eau gazeuse ? Je bois, et l’horreur, elle pique et je déteste l’eau gazeuse. J’ai dû me tromper de bouteille. Je bois un peu quand même quelques gorgées, mais avec des grimaces. J’hésite à vider l’eau et à la remplacer par l’eau du ruisseau, mais on est bas en altitude, c’est un peu risqué. En même temps il ne fait pas trop chaud, donc je vais moins boire.

Montée interminable. Il fait clair, donc je peux marcher longtemps sans frontale. Je revois le coureur qui était avec moi au Mont Joly, et on reste ensemble un bon moment. On discute, ça passe le temps. Au bout d’un moment, je trouve qu’on a bien avancé. Je vois une pancarte avec l’altitude, et elle annonce 1400m. Je regarde ma feuille de route et je vois que l’on va à 2250m ! Noooon, ça veut dire qu’il reste 850m !!! On ne va jamais arriver en haut à ce rythme là. Vers 22h, on sort les frontales. La montée est très difficile. A chaque fois je crois voir le sommet, mais non, ça continue toujours plus haut. Le coureur me dit qu’il est fatigué, qu’il n’en peut plus et je le distance peu à peu. Je me retrouve toute une seule dans cette montée difficile. Je me rends compte que je suis dans une espèce de pierrier, je n’aime pas, j’ai peur de glisser. Et enfin, le vrai sommet J Ouf ! Et commence une petite descente jusqu’au ravito. Très technique au début. J’aperçois au loin un truc lumineux qui pourrait être le ravito, mais il est loin. Petit à petit, il se rapproche, le chemin devient roulant et je finis pas distinguer deux tentes. Yes !!!

 

CP8 : le Bolchu, 23h24, 18h17’09 de course, 69km

Il fait chaud dans cette tente, on est trop bien ! Il y a un coureur qui dort. Il n’y a qu’un seul lit. Je me posais la question de dormir avant la course, mais là ça va. On me sert une soupe dans laquelle je trempe du pain. Comme ça, j’arrive à l’avaler. Je n’ai plus qu’1h30 d’avance, donc j’ai perdu 1h dans cette montée. Je repars seule pour une petite montée de 350m. J’ai mis mes gants et mes manchettes. Il fait frais en sortant de la tente. Un mec me double et me demande s’il peut finir avant 5h. Je lui dis « 17h ? ». Non, 5h du matin, pour faire moins de 24h. Euh ben il reste 43km à faire en 5h … Et il repart en courant. Puis le coureur qui dormait me rattrape également, je le double, il me double … Et on finit par rester ensemble. Ma lampe se met à clignoter, signe qu’elle va s’éteindre. Je cherche une batterie dans mon sac, et pendant ce temps là elle a arrêté de clignoter. Ca devait être un faux contact. Vu que le vent s’est levé, j’en profite pour mettre mon tee-shirt manches longues et ma veste. Il commence à faire très froid. Il y a une lumière bizarre, c’est tout rouge derrière les montagnes. J’ai limite peur, la Terre va exploser, c’est la fin du monde, et je suis là dans la montagne … Au bout d’un moment je regarde de nouveau, et en fait c’était la Lune qui se levait ! Presque la plein Lune. C’est bien, la nuit sera claire. On reste ensemble avec l’autre coureur, mais j’ai honte, en fait c’est lui qui m’attend, je le ralentis. Je lui dis de ne pas m’attendre, mais il m’attend. Bien sûr ça me fait super plaisir, mais je culpabilise de le ralentir. Et on commence une descente interminable de 1150m. Heureusement il y a un ravito au milieu, mais il y a quand même 700m à descendre. Descente très technique, des cailloux, des plantes avec d’énormes feuilles, des trous, ça glisse, je dérape, je tombe, je râle, je n’avance pas. En plus je suis très fatiguée, j’ai les yeux qui se ferment, j’ai sommeil. Je ne suis plus très lucide. Alors j’ai peur de me faire mal à glisser comme ça. A un moment, on passe un passage très dangereux, glissant en fort dévers, où il faux s’accrocher aux arbustes pour ne pas tomber. J’ai dû mettre 1/4h à le passer. J’en peux plus, j’ai faim, sommeil, je n’ai plus de force. Mon compagnon avance un peu pour regarder s’il voit le ravito, mais rien à l’horizon. Alors je m’assois, je mange une barre et je bois. J’ai du mal à avaler mais je me force, sinon je ne tiendrai jamais. Je pense que je pourrais me coucher et m’endormir tellement j’ai sommeil. Puis on repart. Le chemin est mieux, plus herbeux, moins caillouteux. Et enfin on voit une lumière au loin qui pourrait être le ravito. La lumière se rapproche, et on voit une pancarte ravito 200m. Enfin !

 

CP9 : la Commanderie, 2h57, 21h49’52 de course, 81km

Je me demande si je me couche pour dormir ou non. Un bénévole me dit que la 2ème féminine est en train de dormir. Elle avait 1h d’avance sur moi et elle a dormi 1h. Du coup je décide de ne pas dormir ! J’ai très faim, mais il n’y a pas de pâtes. Juste de la soupe. Donc je prends de la soupe, et 5 bouts de pain trempés dans la soupe. Et je décide de repartir sans dormir. Je demande à mon compagnon ce qu’il fait, s’il est prêt à repartir. Il a l’air assez vaseux et de ne pas trop savoir quoi faire. « euh j’sais pas, j’vais peut-être dormir ». « non, je repars ». « en fait j’sais pas ». Je lui dis que je repars, et qu’il me rattrapera. Il allait plus vite que moi, donc il devrait me rattraper. Je change l’accu de ma frontale, et je repars. Avant la 2ème ! Elle n’a pas l’air très pressée, elle téléphone et elle attend quelqu’un. Je repars donc seule, une descente agréable, pas technique. Il reste 600m à descendre, qui se descendent très bien. J’arrive même un peu à trottiner. Mais très vite, ma frontale clignote ! J’avais dû mal recharger l’accu. Du coup je le change de nouveau. Et là ça va, l’accu va finir la nuit. Puis commence la remontée du Mont Joly. Sur le profil, la pente est « douce ». Un des coureurs m’avait dit c’était de grands lacets sur une route. Mais on attaque par une pente raide en plein champ ! Qui a dit que la pente était douce ?!! Puis on arrive effectivement sur une route en lacets. Il y a 850m à monter jusqu’au col de Véry. Et c’est là que les problèmes sérieux commencent. Je dors debout. C’est impressionnant, je n’avais jamais vécu ça. Les yeux qui se ferment en marchant, des micro-sommeils, du coup je ne marche pas droit. Je m’endors d’un côté de la route et je me réveille de l’autre côté ! Je lutte, je me dis que ça va passer, que quand le jour se lèvera ça ira mieux. J’attends mais ça ne s’améliore pas, au contraire. Je vois deux coureurs couchés au bord du chemin dans leur couverture de survie, je me dis que je devrais faire pareil. D’autres coureurs me doublent et me demandent si ça va. Je leur dis que je dors debout, que je devrais peut-être me coucher au bord de la route. Mais il tombe quelques gouttes donc ils me disent que c’est dangereux, que je vais avoir froid, et que si la pluie s’accentue, je vais me réveiller trempée. C’est vrai, mais en même temps je ne tiens pas debout. Puis je vois des arbres avec un coin sec en dessous et je décide de me coucher. Le problème, c’est que la fille va me doubler, donc il ne faut pas que je reste longtemps. Je mets mon réveil dans 20mn et je me couche. Il est 5h20. Je suis bien, mais je ne m’endors pas. Au bout de 5mn, ça me stresse et je me lève, pensant que j’ai dû me reposer. Je repars, mais l’amélioration ne dure que 5mn ! Je m’endors de plus belle. Et je recommence à ne pas marcher droit, ça doit être marrant de me voir, je dois avoir l’air ivre ! Il se met à pleuvoir beaucoup, je suis trempée et j’ai froid. Et je commence à avoir des hallucinations ! Je vois un coureur devant moi avec un énorme parapluie noir. Je me concentre sur lui, et je vois disparaître le parapluie. Puis j’aperçois un coureur assis sur une pierre. Je me demande pourquoi il reste assis là sans bouger, sous la pluie. En me rapprochant, je vois que c’est une plante. Puis je vois un chien courir, et un petit cochon à côté de lui ! Je m’approche, et ce sont de grandes feuilles ! Ca devient de plus en plus dur, je lutte de plus en plus, mes sommeils sont de plus en plus longs, je n’avance plus. Je vois même la fille me rattraper. Du coup vu mon allure, elle va forcément me doubler. Donc je peux me coucher. Surtout qu’elle a dormi 1h, donc elle doit être en forme et va forcément aller plus vite. Et là, bonheur, je vois deux granges sur le bord du chemin. Je n’hésite pas, j’y vais. La première est remplie de bois et de débris divers, je ne peux pas y aller. La deuxième est par contre « habitable ». Disons qu’il y a un toit, 3 murs, et une planche en bois. Pas large, mais suffisante pour me coucher. Il est 6h20. Ce qui veut dire que j’ai lutté 1h depuis mon dernier arrêt. Je mets le réveil 20mn plus tard. J’enlève ma veste trempée, et je mets mon collant en guise de couverture. Je m’endors de suite, et je me réveille en sursaut 10mn plus tard. J’estime que c’est suffisant, que si j’essaie de redormir je risque de vraiment dormir. Là l’assoupissement est passé, donc ça devrait aller. Par contre je suis gelée, donc je me change : je mets mon collant. Entre temps, la pluie s’est arrêtée. Et je repars. Ca va mieux. Je me sens en forme. Je rattrape des coureurs, à qui je dis toute fière que j’ai dormi 10mn et que je suis mieux. Je marche un moment avec eux. Il se remet à pleuvoir, je sors mes gants Mappa. Je dois ralentir pour les mettre et je me fais distancer. Il y a du vent, c’est désagréable. J’espère que ça va s’arrêter. On est au sommet, on va redescendre 100m avant de remonter 200m jusqu’au ravito. La descente est pénible. Très boueuse et glissante, en devers. Je glisse, ça m’énerve. Je suis avec un autre coureur, qui est épuisé et n’est plus motivé. J’espère fortement que vu la pluie et le vent, ils vont nous arrêter au prochain ravito ! Puis on attaque la montée. Je n’ai plus d’énergie, je décide de tenter un gel à la caféine et de boire. J’appréhende, je n’ai pas envie de sucré, j’ai peur de ne pas digérer en avalant un truc aussi fortement sucré alors que mon estomac est vide. Et bizarrement, il passe très bien. Je ne garde même pas le goût en bouche. Je ne sais pas si c’est ça, mais quelques minutes après, j’ai des ailes ! Je me sens bien, je monte bien. J’essaie de motiver l’autre coureur. On espère à chaque virage voir le ravito. Lui le voit au loin mais moi je ne vois rien. Et en fait, on tombe dessus au virage suivant. Quel bonheur !

 

CP10 : le Monument, 09h02, 28h de course, 98km

Une belle tente orange comme au Bolchu où il fait chaud. Je n’ai plus qu’1h20 d’avance, ce qui me ferait arriver à 14h40. Pourtant il reste 13km et à 3km/h, ça ferait plutôt une arrivée à 13h. Donc je ne sais pas trop estimer mon heure d’arrivée. Ca dépend de la technicité du reste du parcours. La fille est là. Elle est au téléphone et n’a pas l’air pressée. Le coureur me remercie d’avoir fait son pacer. Et là, je me sens en super forme, je sens que je peux repartir avant la fille donc ça me motive. Je prends 2 carrés de chocolat au lait. Je voulais prendre de la soupe et du pain, mais la soupe n’est pas prête, il faut attendre 2mn. Mais je ne veux pas perdre 2mn !!! Je me fais un sandwich au fromage et je le mange en marchant. J’ai chaud, j’enlève ma veste. Je me retourne, la fille n’est pas encore partie. Puis il pleut, je remets la veste. Arf, je perds du temps. Je vois la fille au loin, ça va j’ai de la marge. Au ravito, ils nous ont dit que le parcours était dévié : au lieu de monter à l’aiguille Croche et de faire la crête, on reste à niveau et on monte après. Du coup cette portion est « facile », disons large et en pente douce. Puis je vois les coureurs devant moi attaquer la montée. Mais je rate la bifurcation ! Je suivais le chemin et j’attendais de croiser un chemin qui monte. Comme je vois que mon chemin ne monte pas, je lève la tête et je vois que les balises sont derrière moi. En fait, on monte en pleine pente dans l’herbe. Herbe mouillée qui m’inonde les chaussures. Je coupe tout droit en direction des balises. C’est dur, la pente est raide et glissante. Puis j’arrive en haut. Il y a beaucoup de vent. Il reste à faire la fin de la crête, et à monter le foutu tas de cailloux du Mont Joly. Franchement, ils auraient pu lui trouver un autre nom, parce qu’il est plutôt moche ! Mais de ce côté-là, je ne vois pas les cailloux. Je monte une succession de bosses, mais il y en a toujours une encore plus haute. Mais il est où ce Mont ? Je ne vois peut-être pas les cailloux tout simplement parce que ce n’est pas encore le bon sommet. Et effectivement, après plusieurs buttes, je vois les cailloux.

Il me semble qu’à l’aller, je voyais le parcours du retour à flanc qui ne passe pas au sommet. Mais devant moi, les coureurs semblent quand même monter. On squeeze juste les derniers mètres pour contourner le sommet. Mais c’est pire, on passe sur le flanc, en devers, dans les cailloux. Et il se met à y avoir un vent fort, et de la grêle. Les cailloux vont glisser, et avec le vent j’ai la trouille. En plus je suis toute seule, si je tombe personne ne le saura. Puis enfin je passe de l’autre côté, les cailloux se font moins nombreux, je suis rassurée. Et je reprends le passage de l’aller, devant l’arrivée du télésiège, où un bénévole m’encourage et note mon n° de dossard. Ca y est, j’ai passé les difficultés. Maintenant il reste la descente. En haut, je m’étais retournée, et je ne voyais pas la fille. Vu qu’il ne reste que la descente et que je suis bien, elle ne devrait pas me rattraper. Et là je reçois un texto me disant que la 1ère aurait abandonné, donc que je serais 1ère !!! Je me sens pousser des ailes, je suis trop contente. Non seulement je vais terminer, mais en plus je vais gagner ! Je pleure de joie, et je me mets à hurler, un cri de joie. J’espère que personne n’a cru que j’étais tombée ! En plus, c’est une belle descente, large, roulante. Je vide ma bouteille d’eau, je ne vais plus boire maintenant. Et je ressers mon sac pour passer en mode course. Et je cours ! Je suis euphorique. Moi qui cherche des descentes pour me faire les cuisses, en voilà une belle. Maintenant je peux tout donner, histoire de me faire les cuisses ! Je croise un bénévole, qui me dit qu’il me reste 1h30 de descente, ce qui ferait une arrivée à 13h. Et que vu que j’ai l’air bien, je devrais même doubler des mecs devant qui ont l’air cuits. En vrai, je vais mettre 45mn mais doubler personne. Je rattrape deux coureurs qui papotent avec d’autres personnes. Ce sont des coureurs avec qui j’avais marché quand je dormais debout. Ils avaient l’air content et rassuré de me voir. Ils m’ont dit qu’ils avaient pensé à moi au Mont Joly, parce que vu mon état, avec le vent et la grêle, j’aurais dévalé la pente. Je leur explique que j’ai dormi et que je vais mieux. Ils courent quand même trop vite, je voulais m’accrocher à eux mais je les laisse partir. Le chemin devient plus étroit, mais il est quand même roulant. Je vois l’altitude sur les pancartes diminuer, je me rapproche. Je vois les flèches St Nicolas : 50mn. Ce qui me ferait arriver à 12h40. Mais je cours, donc j’arriverai même avant. Puis une flèche 35mn, donc 12h20. Je vois de plus en plus de monde, j’en déduis que j’arrive. Dernier virage, je vois l’arche d’arrivée. Je cours, je me sens bien. Le speaker annonce l’arrivée de la 1ère féminine, c’est moi. Enfin arrivée ! Je ne pleure même pas, je suis ailleurs. Complètement shootée. Une bénévole enlève ma puce, une autre me donne mon cadeau finisher : des manchettes. Je termine à 12h14’20 soit 31h07’06 de course.

Après la course

Je vais me coucher puis manger. Je vois à table le coureur que j’ai laissé à la Commanderie. Il me dit qu’il a abandonné, à la Commanderie justement. Il a dormi, et en repartant il pleuvait donc il a arrêté. Je me rends compte qu’on n’a presque pas parlé, je ne sais rien de lui, ni d’où il vient, ni comment il s’appelle, rien. Je devais juste râler à ce moment là !

J’apprends que le bénévole que j’ai vu en haut du Mont Joly avait annoncé mon arrivée. « arrivée de la 1ère féminine d’ici 1h30 ». Puis j’en ai croisé d’autres qui annonçaient aussi mon arrivée « arrivée dans 1h, 1/2h, 10mn » … Waouh, on parlait de moi et on attendait mon arrivée !

Je tente d’aller voir les kinés, mais ils ne sont pas là. Je larve sur une chaise longue en attendant la remise des prix. Puis il est l’heure de repartir à la gare de St Gervais. Je n’ai pas vraiment mal aux jambes, plutôt les jambes lourdes qui se contractent parfois. Et les pieds qui picotent fortement. Ca doit être parce qu’ils gonflent. Je m’endors dans le train, mais je dors mal. Arrivée chez moi, je mange de la poudre à la banane. C’est l’aliment de récupération Punch Power Recovery Food à la banane, que j’adore. Bourré de protéines, à manger le soir au coucher pour régénérer les fibres musculaires. Après 7h de sommeil, le lendemain je vais relativement bien. Pas vraiment mal aux jambes, juste les cuisses qui tirent un peu, mais je marche normalement. Je commence à réaliser mon exploit, en lisant tous les messages que je reçois qui me font très plaisir. Parce que moi toute seule, j’ai terminé mais je trouve ça normal. Pas blessée, je n’abandonne pas. Mais au vu des messages que je reçois, j’ai peut-être fait quelque chose extraordinaire !

Mais je trouve que c’était trop dur. Je n’ai jamais été aussi mal sur une course. La plupart du temps j’ai marché, je n’avais même pas serré mon sac, je l’avais laissé en mode rando. Donc parfois je me demandais l’intérêt de le faire en trail, alors que sur plusieurs jours en rando, ça aurait pu être sympa. Là finalement l’intérêt c’est de galérer et de tester ses limites ! Alors oui j’ai bien galéré, et j’ai pu tester ma résistance au sommeil, et voir que j’étais capable de faire une micro-sieste.

Super organisation, parcours très bien balisé, beaucoup de bénévoles aux petits soins.

Un super hôtel, où l’on a pu être accueilli dès le vendredi matin, où on a pu prendre un petit déj avant la course et laisser les affaires dans la chambre en cas d’abandon.

Résultats

-          31h07’06 de course (3.57km/h)

-          1ère femme sur 4 finishers, 12 partantes

-          49ème au scratch sur 87 finishers, 192 partants

-          55% d’abandon : 35 ont bifurqué sur le 60km, 70 ont abandonné

 



13/09/2012
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