UASG ATHLETISME

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CR du Tour de l'Oisan et des Ecrins non stop le 27/07/11 par Laurent Th

Avant

C’est quoi cette course ?

C’est fin octobre 2010 que j’entends parler de cette course : le Défi de l’Oisans et des Écrins, pour son 20e anniversaire et en hommage à Laurent Smagghe, sera organisé en juillet 2011 non pas en course par étape mais en non-stop. Les chiffres annoncés sont de 180 km et 12000m de dénivelé positif, en boucle à partir des 2 Alpes, en grande partie sur le tracé du GR 54.

 

Ça tombe bien, c’est l’époque à laquelle je réfléchis à mon programme 2011… Le Tour de l’Oisans non-stop, ou TOE comme il va rapidement être désigné, représente plus qu’un UTMB, d’autant que le parcours serait plus technique. Il y a peu de places, donc ce sera une petite organisation, ça me plait. Je ne connais pas le massif dont il fait le tour, hormis Monêtiers, c’est une belle occasion de le découvrir. Ce serait une belle expérience dans la suite du Tor des Géants, pour travailler la gestion du sommeil sur une course plus courte mais similaire, car j’envisage de remettre ça en septembre 2011. Et surtout, il s’agit d’une édition unique… donc à ne pas rater ! Je n’hésite donc pas et m’inscris. Ça doit être l’avis de pas mal d’amateurs du genre, car le nombre de places proposées est rapidement atteint et sera même augmenté jusqu’à 300, et je vois avec plaisir dans la liste d’inscrits pas mal de connaissances ainsi que quelques noms connus.

 

L’organisation propose un « pacer » ou coureur accompagnateur, de La Chapelle à l’arrivée, pour aider et sécuriser les coureurs sur la dernière partie ; il faut dire que la 2nde partie du parcours concentre le plus de difficultés : plus sauvage, nombreux cols et passages techniques. Une autre formule proposée est le duo avec relais à Vallouise, soit environ 83km D+4500m D-5000m pour le 1er relais et 97km D+7500m et D-7000m pour le 2nd. Pour ma part je serai en solo, sans pacer, ni d’ailleurs aucune assistance sur le parcours hormis celles mises en place par l’organisation.

 

Comme sur d’autres ultra-trails en montagne, la course est en semi autonomie, avec des ravitaillements assez espacés, et 4 bases vies offrant des repas chauds, des soins podologues et kinés, et la possibilité de dormir. Les bases vies sont situées à Monêtiers (65km D+3570m D-3750m), Vallouise (83km D+4575m D-5046m), La Chapelle en Valgaudemar (133km D+7434m D-7869m), Valsenestre (161km D+10092m D-10421m). Il y a également des refuges qui sont par nature accessibles.

 

Une autre grosse particularité est la demande d’avoir un GPS avec la trace du parcours. En effet celui-ci suivra le GR 54 mais ne sera pas balisé, hormis quelques passages spécifiques. Hors d’une part ce GR n’est semble-t-il pas toujours bien signalé, et de toute façon les marques de GR ne sont pas toujours faciles à suivre, qui plus est en course et encore plus de nuit. C’est donc un autre paramètre à gérer : sans être de l’orientation, il faudra trouver soi-même son chemin ; c’est pour moi un intérêt supplémentaire. Par contre je n’ai pas de GPS, il me faudra en choisir un et apprendre à m’en servir.

 

Vers le mois de mai nous recevons le roadbook, très bien fait, qu’il faudra avoir pendant la course, et qui permet d’intégrer progressivement la connaissance et les caractéristiques du parcours.

Reconnaissance

Gilles A. avait proposé une reconnaissance du parcours ; l’idée m’intéresse, outre la convivialité, à la fois pour l’entraînement spécifique, la découverte des lieux à un rythme permettant plus d’en profiter, le test du GPS en situation, et le confort psychologique que procure en course la connaissance de ce qui nous attend.

 

Cette reconnaissance s’est concrétisée du lundi 11 au samedi 16 juillet, avec Marielle, Gilles et moi, Patrick et Kors nous rejoignant le mercredi soir. Étapes organisées par Gilles : 1er jour du Désert au refuge de la Muzelle, 2e jour jusque Clavans, 3e jour jusque Villard d’Arène, 4e jour jusque Vallouise, 5e jour jusqu’au refuge de Vallonpierre, 6e jour jusqu’au Désert.

 

Comme c’est un peu proche de la course, nous abordons cette balade sans forcer. Coté forme pour moi tout va bien, hormis une sensibilité aux tendons d’achille que je ressens depuis quelques semaines, et une petite alerte le dernier jour à l’adducteur droit mais sans gravité ; même si je me lâche un peu au début dans les montées, et sur les descentes au refuge de la Muzelle et surtout de Vallonpierre, j’ai globalement marché à un rythme cool et ne ressens pas de fatigue. Mais malheureusement pour Kors, il attrape une tendinite de releveurs qui va l’empêcher de participer à la course L. Coté météo nous avons un mélange de beau temps et de pluie, avec en particulier une journée complète de pluie et averses de grêle le 3e jour, dommage pour la vue bouchée depuis le plateau d’Emparis, mais heureusement l’étape était courte. Coté balisage et GPS, nous confirmons l’étonnante quasi absence de marques GR, et l’intérêt et l’efficacité d’un GPS.

 

Arrivée aux 2 Alpes

Mardi 26 juillet, rendez-vous à 8h avec Patrick, Gilles, Alain et Damien pour un voyage en covoiturage. Nous arrivons sans soucis aux 2 Alpes dans l’après-midi et retrouvons Marielle et Christian devant la salle Amphibia.

 

Devant l’entrée, je m’entends appeler, c’est Gideon, que je retrouve avec plaisir, la dernière fois que nous nous sommes vus c’était pendant la seconde nuit du Tor en septembre dernier… Je retrouve également Gui, Cédric, po3sy, Mercator et Isabelle des Célestes… Nous retrouvons aussi Philippe Daube, qui devait participer à la course mais s’est fracturé le pied lors du trail du Ventoux et a rejoint l’équipe de bénévoles, ainsi que Dominique Louandre qui sera bénévole au poste de contrôle du col de la Muzelle.

 

Nous récupérons nos dossards, avec le bâton Cyalume qui permet un éclairage de positionnement nocturne de sécurité pendant 12h. Damien et moi profitons de l’intéressante proposition de mesures de composition corporelle effectuées par « Bioimpédance multifréquence » par Isabelle Hild ; résultats assez similaires pour Damien et moi, j’en retiens que les paramètres sont bons et la forme est là, le taux de masse grasse est bas, mais l’hydratation est insuffisante et c’est un facteur de progression.

 

Nous allons au gîte. Préparation des 4 sacs à déposer aux bases vies. Pas d’hésitation car j’ai tout préparé dimanche ; je fais l’impasse pour le 1er sac à Monêtiers, dans les autres je place un change court et long, des piles de rechanges pour GPS et frontale, un sachet d’Hydraminov et un de noix de cajou et boules de soja. Celui de La Chapelle est presque vide, j’y ajoute une paire de chaussures de rechange.

 

L’avant-veille j’ai établi sur la base de l’excellent site softrun.fr de Rémi Poisvert, une feuille de route pour une prévision en 48h, avec des arrêts de 10 mn sur les ravitaillements et principaux refuges, et pour les bases vie : 30 mn à Monêtiers, 2h30 à Vallouise incluant un cycle de sommeil de 1h30, 30 mn à La Chapelle, 2h à Valsenestre incluant un sommeil éventuel. Ceci ne constitue pas un véritable objectif, c’est plutôt pour disposer d’un point de repère lorsque je serai en situation.

 

Retour à la salle Amphibia, dépose des sacs,

Dépose des sacs pour les bases de vie

et briefing par Arnaud, extraits :                                    

  • comme prévu, pluie annoncée demain…
  •  « on n’a pas organisé tout ça pour que vous abandonniez… » mais juste après : « on ne s’attend pas à plus de 50% de finishers… »
  • entre Vallouise et La Chapelle, soit environ 48km D+3000m, pas de possibilité d’abandon.
  • « la course ne commence réellement qu’à la Chapelle, après 133km où il restera certes 47km mais surtout 4500m de D+ ! »

Le ton est donné ! 

 

Pendant

Jour J, départ

Mercredi matin, réveil à 6h20.

Le ciel est couvert mais il ne pleut pas, pas encore…

Finition du sac préparé la veille, petit déjeuner, objectif de notre groupe : « tous à l’arrivée ».

Nous rejoignons le centre Amphibia où nous retrouvons coureurs et organisation.

Je ne suis pas tendu, je me dis juste qu’être au départ d’une telle course est déjà une victoire.

Alain, Gilles, Laurent, po3sy, Damien

Quelques salutations, quelques courts discours, et c’est le décompte : 5, 4, 3, 2, 1, go !

 

Cluy, Sarenne, Le Souchet : premières heures, le pied sous la pluie

Les 2 Alpes, altitude 1650m, mercredi 8h08

 

On est partis à 8h08, je suis derrière pour éviter de m’emballer, je repère Damien et Alain afin de rester ensemble au moins au début. Quelques photos, il y a déjà une bonne file devant nous, nous courons et marchons tranquille sur les replats herbeux au dessus des 2 Alpes. Des supporters, l’un dit « au moins ceux-là ne vont pas trop vite, ils iront au bout… ». Nous doublons Marielle et Christian, passons devant Dominique qui prend des photos. Bientôt la descente commence, on y va cool, sur sentiers, on rattrape une piste de ski pour quelques centaines de mètres, ça glisse déjà avec un sol humide et j’en profite pour me mettre les fesses au sol. Une supportrice me dit « rendez-vous dans la montée aux Deux-Alpes à l’arrivée avec le même sourire ! » ; les sensations sont bonnes, heureusement, j’espère effectivement que ça va durer… Nous surplombons le lac de Chambon et son barrage, passons le pont au dessus de la route et rejoignons Le Freney. Je déclenche mon chrono après le village, 40 mn c’est à peu près dans les prévisions.

 

Le Freney en Oisans, altitude 928m, mercredi 8h49,
D+11m D-717m, 5.3 km, 40:33 depuis Les 2 Alpes

 

C’est parti pour la 1ère montée jusqu’au col du Cluy. Je montre à mes compagnons la direction que nous allons prendre, dans la vallée montante sur notre gauche où sont des nuages. La montée est agréable, nous sommes assez regroupés pour pouvoir faire la causette : je retrouve deux suisses rencontrés l’an passé au Tor qui enchaînent cette année le TOE, la PTL, le Tor et la Réunion, no comment… ; ainsi qu’Isabelle et d’autres. Première prise d’eau dans une fontaine au Perier, premier des hameaux, dont celui où une pancarte prévient : « le village se visite à pied… parking ».

Le chemin est souple et herbeux, vraiment agréable. 1er arrêt pour enlever des petits cailloux dans mes chaussures. Mais quelques gouttes arrivent et s’intensifient, certains s’arrêtent pour mettre leurs vestes, moi c’est un nouvel arrêt pour rerégler le serrage des lacets. Et c’est sous une pluie fine que nous arrivons au col et au 1er ravitaillement liquide.

Damien en ascension vers le col du Cluy

Temps pluvieux dans la montée vers le col du Cluy
(dernière photo avant appareil HS cause humidité…)

 

Col du Cluy, altitude 1800m, mercredi 10h02,
D+873m D-11m, 7.0 km, 01:13 depuis Le Fresney,
D+884m D-728m, 12.3 km, 1:53 depuis le départ des 2 Alpes

 

J’ai opté ce matin pour un remplissage de ma poche à eau avec environ 1,5 litres d’eau + 2 doses d’Hydraminov, et ma bouteille de 50cl avec 2/3 coca 1/3 eau, mon bidon restant vide au début. J’ai déjà vidé la bouteille et ai apprécié ce mélange, et je recharge de la même façon. Moins de 3 mn d’arrêt, Damien est déjà reparti, Alain n’est pas arrivé, je repars en courant sur la piste 4/4 qui descend légèrement. Je me lâche un peu, les sensations sont excellentes, et rattrape bientôt Damien. Nous continuons à courir, puis passons en marche rapide lorsque la piste se met à remonter. Je marche vite, comme j’aime, et nous remontons comme çà quelques concurrents. J’accélère encore en poussant sur les bâtons, deux ou trois me font des remarques sur ma vitesse de marche, je rattrape et cause avec des Kikourous sur la portion de route avant le col de Sarenne. J’ai du ranger mon appareil photo car il souffre de l’humidité et l’objectif est HS, il ne fonctionnera plus de toute la course, dommage !

 

Col de Sarenne, altitude 1998m, mercredi 10h44,
D+326m D-141m, 5.4 km, 00:41 depuis l’arrivée au col de Cluy,
D+1210m D-869m, 17.7 km, 2:35 depuis le départ des 2 Alpes

 

Il ne pleut plus mais on sent que ça peut reprendre d’un instant à l’autre, la vue est bouchée avec les nuages. Damien est quelques dizaines de mètre derrière, je sais qu’il me rejoindra vite sans problème et je continue sans m’arrêter. Je cause quelques instants avec Lucia, qui me dit avoir commencé le trail il y a peu et me demande quelle expérience j’ai. Quelques lacets de route goudronnée et on bascule tout de suite à droite dans un sentier assez raide et caillouteux, Lucia reste derrière en me disant qu’elle va à son rythme. Je double un gars qui me dit attendre un copain, et bientôt quelqu’un me double et je reconnais Damien. Il me largue, trop vite pour moi, je suis une autre fille en course légère (en écrivant ces lignes je réalise que c’est Séverine Vandermeulen, qui arrivera 1e féminine) et bientôt le sentier devient plus facile et la pente s’adoucit pour rejoindre Clavans le Haut (1409m). Je cours de nouveau sur les 2 km de route jusque Clavans le Bas (1368m), double un gars qui me dit ne pas aimer le goudron. Dans le village un vieil homme me dit : « et dire qu’il y en a qui regardent leur tél酠» et « ici on a du bon Genepi… ». Encore un peu de descente en sous-bois pour atteindre le point bas puis de nouveau quelques mètres de route et le pont pour traverser la rivière. On voit droit devant un quasi mur avec des concurrents qui escaladent le sentier en lacets. Ça grimpe raide, je me sens bien en montée et rattrape quelques gars, double et rejoins enfin Damien. Nous rejoignons Philippe Delachenal, avec qui nous entrons par une belle ruelle pavée dans le magnifique village de Besse, où Philippe est chaleureusement accueilli. Second ravito, il y a du monde ; remplissage de bouteille et bidon avec mélange coca et eau, je ne vois pas d’Hydraminov contrairement à ce qui était annoncé, mais je ne cherche pas plus que ça.

 

Besse en Oisans, altitude 1547m, mercredi 11h40,
D+305m D-736m, 7.6 km, 00:56 depuis le col de Sarenne,
D+1515m D-1605m, 25.3 km, 3:31 depuis le départ des 2 Alpes

 

Nous repartons avec Damien après 5 mn. Sortie du village, nous sommes avec pas mal d’autres coureurs sur une petite route légèrement descendante qui devient vite chemin, avant de passer sur les sentiers qui grimpent vers le plateau d’Emparis. Là se tient Gilbert Codet sous un grand poncho, venu en supporter. Nous sommes bien dans cette montée et doublons encore. Nous rejoignons ainsi Irina, avec qui nous causons agréablement un moment, et qui dit gérer sa course prudemment au début, elle ira loin… Nous doublons aussi Gideon, qui a des soucis digestifs comme au début du Tor 2010, je lui souhaite que la forme lui revienne et qu’il finisse aussi bien que cette fois là ! Puis nous rattrapons Martine, et là quand même je me prends à m’interroger si nous n’allons pas trop vite !

 

Le plafond nuageux est très bas et il pluviote un peu de nouveau tandis que nous passons le col Nazié (1902m) et atteignons le plateau d’Emparis (2242m). Ce n’est pas aujourd’hui que nous profiterons de la vue magnifique sur la Meije et ses glaciers, la visibilité ne dépasse pas les rebords du plateau. Nous courons doucement sur le sentier monotrace très glissant avec la boue, la montée facile sur le col Souchet (2365m) est faite en marchant vite, je fais remarquer à Damien que les cols de la 2e partie seront autrement plus difficiles. Nous basculons en courant dans la descente. La pluie persiste, c’est de plus en plus boueux et glissant. La descente se raidit comme nous atteignons les pistes de ski en travaux et la déviation du GR pour descendre vers Le Chazelet. Nous courons toujours, je rattrape Damien que j’avais laissé pour une pause technique, et vers le bas nous rattrapons 2 gars ; je me dis à leur allure affûtée que nous sommes à une position certainement bien avancée sur la course et qu’il nous faut mettre la pédale douce. Passage du pont et de nouveau quelques centaines de mètres de route pour remonter sur le village du Chazelet. La pluie devient très forte, l’équipement de protection est appréciable ! Et c’est la courte redescente sur le village des Terrasses où les supporters se sont abrités sous le porche de l’église devant le 3e ravitaillement.

 

Les Terrasses, altitude 1762m, mercredi 14h09,
D+986m D-760m, 13.7 km, 2:29 depuis l’arrivée à Besse,
D+2501m D-2365m, 39.0 km, 6:00 depuis le départ des 2 Alpes

 

À l’intérieur nous sommes accueillis par Philippe Daube, en bénévole. Il y a là une petite dizaine de concurrents. Cette fois il y a un bidon d’hydraminov, j’ai peu bu de ma poche mais j’en prends 2 doses pour ma bouteille, puis je remplis aux 2/3 mon bidon de coca ; quand je me saisis d’une bouteille d’eau pour le compléter, celle-ci m’échappe des mains, se renverse ainsi que mon bidon, et j’échappe de peu au jeu de quilles avec les autres bouteilles sur la table. Il y en a partout, je me répands en plates excuses alors que les bénévoles cherchent du sopalin pour essuyer… Je me rends compte après coup que mes mains sont gelées et que j’ai surestimé ma capacité de préhension ! Après cet épisode malencontreux, je grignote un peu, puis Damien me dit « on y va ? » et nous repartons après un peu plus de 7 mn. Je lui dis que nous avons une heure d’avance sur mes prévisions, si on pouvait continuer à progresser comme ça ce serait super, en tout cas il faut rester tranquilles.

 

Dehors il pleut toujours mais un peu moins fort. Nous courons toujours pour descendre vers La Grave (1481m) par de larges chemins très glissants, ça ressemble un peu à du ski ! Nous traversons le village en hésitant sur les rues à prendre, les marques au sol de peinture rose biodégradable ont tendance à s’effacer avec les trombes d’eau. Nous croisons la route, où se tient de nouveau Gilbert toujours sous son poncho, qui me demande si ça va, je lui réponds que oui et en effet je me sens toujours très bien. Après quelques mètres il faut descendre à droite par une petite route sur quelques centaines de mètres jusqu’au pont après lequel nous reprenons un chemin à gauche, je me souviens parfaitement de tous les passages après ma reconnaissance il y a 2 semaines.

 

Arsine, tout bascule…

Peu après c’est la bifurcation où il faut prendre le sentier de droite « Villard d’Arène par la forêt ». Et c’est une montée bien raide en sous-bois trempés, environ 200m de dénivelé pour passer un ressaut rocheux. Là, dans ces montées, je commence à me sentir moins vaillant, ça passe encore mais quelque chose va moins fort. La descente dans la brume sur Villard d’Arène passe moyennement, puis les sentiers en sous-bois dont j’avais gardé un souvenir très facile me paraissent moins aisés. Damien me distance, Martine me rattrape, me demande si ça va : « là c’est moyen » je lui réponds, et elle me dit gentiment quelque chose comme « ça va revenir », mais je la laisse me distancer également.

 

Puis je me rends compte que ma cheville gauche me fait mal, et je reconnais cette sensation, c’est un début de tendinite du releveur, et là je bascule dans le mode catastrophe ! Le souvenir de l’UTMB 2007 est très présent à ma mémoire, où j’avais persisté depuis La Fouly avec une double ténosynovite de releveurs, jusqu’au bout dans la douleur, avec une très longue descente douloureuse de Bovines sur Trient, et une interminable à reculons de Catogne sur Vallorcine, avec ensuite en prime 2 mois de séquelles avant de pouvoir recourir. De noires pensées m’assaillent : je ne vais pas pouvoir aller au bout de cette course qui avait si bien commencée, je n’ai pas envie de revivre une galère comme en 2007, je risque de me retrouver avec des séquelles qui m’empêcheront de participer au Tor des Géants en septembre…

 

Je m’arrête, m’assois sur un rocher, défais mes chaussures, enlève au passage les cailloux à l’intérieur, difficile avec la boue qui les recouvre ainsi que mes chaussettes, je m’en mets plein les mains. Chaussettes et chaussures sont bien évidemment trempées à tordre. Je renfile tout ça en refaisant un laçage très peu serré, en me reprochant de ne pas avoir desserré les lacets plus tôt, lorsque j’avais enlevé et remis mes chaussures pour en retirer les cailloux.

 

Ça n’a duré que 2 minutes, mais dans ma tête la course a basculé. Il ne s’agit plus maintenant d’aller vite, mais uniquement de gérer mon allure pour essayer de solliciter le moins possible mes chevilles, et surveiller les sensations, en espérant que la tendinite ne s’aggrave pas et ne pas renouveler mon expérience de 2007.

 

Je repars, en marchant, seul. Il pluviote un peu, mais c’est maintenant mon moral qui a pris l’eau. Je passe ainsi le pont en bas du sentier qui monte au refuge de l’Aigle où je revois un couple de supporters déjà croisés précédemment, mais je n’arrive plus à leur sourire. Et c’est avec de mauvaises sensations que j’aborde la montée raide du pas d’Anne Falque, le passage à coté du refuge de l’Alpe, et l’arrivée au col d’Arsine, tout ça quasi seul, dans des sentiers très glissants avec la boue. Au col deux gars sont en train de monter une tente, tout dans mes noires pensées je passe sans m’arrêter quand l’un deux me demande mon numéro de dossard, je réalise alors que ce sont des bénévoles de la course qui s’apprêtent à passer là la nuit pour assurer les contrôles et la sécurité.

 

Col d’Arsine, altitude 2350m, mercredi 17h04,
D+1059m D-485m, 16.2 km, 2:54 depuis l’arrivée aux Terrasses,
D+3560m D-2850m, 55.2 km, 8:55 depuis le départ des 2 Alpes

 

En commençant la descente, je me rends compte que je dois être en légère hypoglycémie et sors mon sachet de noix de cajou et boules de soja et le mange quasi entier. Puis je réalise que j’ai très froid, bien qu’il ne pleuve plus depuis un moment et m’arrête pour enfiler ma polaire et un bonnet sous ma veste, ainsi que des gants. Je descends doucement, en veillant à soulager mes chevilles, malgré les cailloux et la pente. J’atteins ainsi le lac de la Douce, puis le chemin caillouteux et racineux en sous bois.

 

Lorsque je rejoins la piste forestière je suis rattrapé par Irina, me fais reconnaître et nous discutons. C’est un rayon de soleil pour moi, et pour la suivre je me remets à courir, et ça passe, je ne sens pas trop ma cheville et mes sensations reviennent un peu. Nous descendons ainsi jusqu’au village du Casset, et courons doucement sur les chemins jusqu’à la 1ère base vie de Monêtiers.

 

Base vie de Monêtiers, altitude 1473m, mercredi 18h36,
D+10m D-900m, 9.7 km, 1:32 depuis le col d’Arsine,
D+3570m D-3750m, 64.9 km, 10:28 depuis le départ des 2 Alpes

 

J’avais imaginé avant course ne rester ici qu’une demi-heure, mais là j’ai surtout dans l’idée de faire voir ma cheville par un kiné. J’enlève veste, chaussettes et chaussures trempées, accepte une soupe et des pâtes gentiment proposés par un bénévole. Je vois Damien, qui semble prêt à partir, il est là depuis 25 minutes et me confirme vouloir y aller tout de suite ; l’idée me passe par la tête de le suivre, c’est vraiment tentant de rester ensemble, mais ma priorité est de voir un kiné. J’en vois un, tout de suite disponible ; il n’est pas alarmiste, il y a des contractions musculaires mais pas d’inflammation importante ; je suis un peu rassuré… Ensuite je remets mes chaussettes et chaussures toujours trempées, en regrettant mon choix de ne pas laisser de sac à cette 1e base vie ce qui m’aurait permis au moins le confort de chaussettes propres et sèches, même pour peu de temps. Pour le reste des vêtements c’est quasi sec, sans souci. Enfin je refais le plein de liquides, et repars après 52 minutes d’arrêt.

 

Départ de la base vie de Monêtiers, mercredi 19h29,
11:20 (dont 1:08 d’arrêts) depuis le départ des 2 Alpes

 

L’Eychauda

Il est 19h30, j’ai toujours une quarantaine de minutes d’avance sur ma prévision ; je me sens mieux après cet arrêt, je me dis que ma cheville peut peut-être tenir le coup, le moral est un peu remonté. Il pluviote à peine. Je dépasse un moustachu en short et tshirt, Georges, qui m’a l’air bien réchauffé, moi qui ai gardé ma veste depuis des heures. Nous repartons sur nos pas pour une ou deux centaines de mètres, je rate la bifurcation à gauche mais me fait rappeler par Georges, merci ! Quelques hectomètres de route, puis un chemin à gauche, et le sentier qui part à droite, à ne pas rater.

 

Ça grimpe dans la forêt, assez raide, et même s’il ne pleut plus ça glisse encore beaucoup, les bâtons sont une aide très appréciable pour stabiliser les appuis. Je me sens assez bien en montée, je ne suis pas fatigué et les releveurs ne sont pas sollicités, j’avance bien et laisse derrière moi Georges et un autre gars. J’atteins le bas du télésiège qui monte au col de l’Eychauda, je sais par où passer, mais me fais la réflexion que le balisage annoncé par l’organisation sur cette portion ne saute pas aux yeux. Je passe deux gars qui me rappellent ensuite de derrière pour me dire de passer par la piste de cailloux, alors que je sais que c’est sur le sentier en face que passe le GR, et de toute façon ils se rejoignent rapidement après. Je rattrape un autre gars, sur la piste montante dans la vallée minérale qui mène au col, il me dit être en duo et être parti trop vite. Il porte un écusson UFO, nous nous présentons, c’est Laurent, dit UPDA (Un Pied Devant l’Autre). Je le félicite pour ses chroniques, en particulier « plus jeune que jamais plus » que j’ai particulièrement appréciée. C’est quand même chouette de faire connaissance à la tombée de la nuit dans le final du col de l’Eychauda ! Je lui confirme que nous y arrivons, à la vue du remblai inférieur du lac artificiel sous le col, au fond doté d’une immense et superbe bâche plastique blanche, grillagé, avec barque et bouée de sauvetage, destiné à stocker l’eau pour les canons à neige de la station de ski…

 

Col de l’Eychauda, altitude 2423m, mercredi 21h06,
D+994m D-21m, 5.8 km, 1:37 depuis le départ de la base vie de Monêtiers,
D+4564m D-3771m, 70.7 km, 12:58 depuis le départ des 2 Alpes

 

Je pousse un peu pour rester à mon rythme, fais signe à Laurent de mes bâtons levés en passant le col, et entame la descente. Je tente de courir un peu mais ne me sens pas en confiance coté releveur et ne me lance pas vraiment, je reste plutôt en marche rapide. Je suis bientôt rattrapé et doublé par Laurent puis un ou deux gars. La lumière décroît rapidement et il faut sortir la frontale dans ce monotrace globalement assez facile. J’arrive sur la piste plus plate et constellée de flaques qui reflètent le ciel. J’y rejoins un gars, comme moi il marche avec quelques courtes relances de course, nous causons et il me dit faire une course raisonnée en préparation du prochain UTMB, il dormira à Vallouise pour ne repartir qu’au matin, et demain s’arrêtera à La Chapelle pour y dormir aussi et n’en repartir que vendredi matin avec sa femme pour pacer. Nous passons Chambran et entamons la succession de sentiers et bouts de route pour descendre sur Vallouise, où nous sommes rejoins par un gars que mon compagnon connaît, ils partent devant en courant et je les laisse s’éloigner. Car je sens lors de mes quelques relances à courir que ma cheville gauche est sensible, mon releveur élève un peu la voix dés que je le sollicite, juste pour me faire savoir que si j’en fais trop il risque de se mettre à crier, alors je ralentis et me remets en mode marche, la question n’est pas tant la douleur instantanée que ma volonté de ne pas aggraver l’inflammation pour aller le plus loin possible et rester en état pour le Tor à venir, alors tant pis pour la vitesse, tant pis pour cette descente facile où j’aurais pu gagner tellement de temps en laissant aller…

 

En avançant comme ça lentement en solitaire dans la nuit, je jette comme depuis le début un coup d’œil régulier à mon GPS, fixé sur une poche avant de mon sac, toujours allumé et à portée de vue. Et là : je ne suis plus sur la trace ! Bon je maîtrise maintenant l’objet : je dézoome jusqu’à revoir la trace, celle-ci est sur ma droite à une centaine de mètres, j’ai dû louper la bifurcation d’un sentier, mais je n’ai guère envie de revenir sur mes pas et c’est une bonne occasion de me servir de cet engin pour me retrouver intelligemment : la route sur laquelle je suis descend nécessairement vers Vallouise, il me suffit de continuer jusqu’à croiser une possibilité de partir sur la droite rejoindre la trace. Et ça marche. Je continue ainsi sur la route jusqu’à atteindre Vallouise, passe le pont et arrive à la base vie.

 

Base vie de Vallouise, altitude 1167m, mercredi 23h12,
D+11m D-1275m, 12.4 km, 2:05 depuis le col de l’Eychauda,
D+4575m D-5046m, 83.1 km, 15:03 depuis le départ des 2 Alpes

 

J’avais prévu de dormir à cette base vie, un cycle de sommeil d’une heure et demie, en tout cas si j’en ressentais le besoin. Avec une arrivée vers minuit et du temps pour manger, ça me faisait repartir vers 2h30 et aborder à l’aube l’ascension finale du col de l’Aup Martin, et me permettait de passer de jour l’enchaînement de cols difficiles de cette 2e partie de course, hormis le dernier. Je me dis que je suis toujours en phase avec cette prévision, il est juste un peu plus de 23h, j’ai à peine perdu de temps malgré mes difficultés, si ma cheville tient le coup je peux ne pas trop m’en éloigner.

 

Je monte les quelques marches et entre, il y a du monde, à vue d’œil une bonne trentaine de concurrents. Je vois Irina qui s’apprête à partir, elle me reconnaît et me demande gentiment si je vais mieux, « oui je vais mieux mais ne peux plus courir… ». Je me dis que pour faire une perf il faudrait repartir très vite comme elle… mais non, j’ai abandonné le mode perf ! Je mets à sécher ce que je peux sur une chaise, vois rapidement une kiné qui me fait un massage de la cheville, en particulier des muscles tendus qui exercent des tractions sur les tendons, et me prodigue des conseils comme de faire jouer complètement mon relèvement de pied dans les montées afin de pas laisser le tendon s’ankyloser dans sa gaine. Puis je mange, retrouve Gideon qui va un peu mieux, sans plus, ainsi que Laurent (UPDA) qui a fini sa prestation, son frère ayant pris le relais, et aussi Manu (Rapace) qui attend son duo pour partir et avec qui je cause de sa géniale gestion du sommeil sur le Tor. L’heure tourne, j’hésite mais me décide au bout de 45mn à tenter de dormir, les lits de camp sont sur une scène derrière un rideau, dans la salle unique, c’est donc bruyant. Je trouve une place, m’installe et tente mon mode de décontraction mentale ; ça marche moyennement, il y a vraiment du bruit, je fais probablement un micro sommeil de 20mn car quand je regarde ma montre en me demandant si je vais persister elle indique 24mn, et je me relève à 28mn. Dans la salle, je tombe sur Damien ! Je m’étais imaginé qu’il était loin, reparti depuis longtemps, mais il me dit qu’il a suivi le plan et essayé de dormir une heure, sans y arriver vraiment ; il me propose de repartir ensemble, ce que je suis très content d’accepter ! J’ai cette fois un sac avec du change, je profite uniquement de chaussettes sèches, le reste est ok. Alors que je me prépare, un gars me demande s’il peut partir avec moi, « bien sûr, nous serons 3 avec Damien ». Le temps d’être prêts nous pointons au départ à 1 heure du matin précise, ça fait donc 1h48 en tout pour moi à cette base vie pour seulement 25 mn de repos, pas terrible. Une pause technique dehors, les toilettes étaient à l’extérieur et je n’avais pas eu envie de sortir pieds nus ni de remettre mes chaussures trempées, puis nous repartons à 3 à travers les ruelles de Vallouise.

 

Départ de la base vie de Vallouise, jeudi 1h00,
16:51 (dont 2:56 d’arrêts) depuis le départ des 2 Alpes

 

L’Aup Martin, la Vallette et Vallonpierre

Dans la nuit nous sortons de Vallouise puis traversons le village du Villard. Il faut suivre une route montante sur 8 km pour 400m de dénivelé. Nous sommes en marche rapide tandis que nous discutons à 3 avec Loïc qui nous a rejoint ; Loïc est originaire d’Orléans mais installé depuis longtemps en Isère, et passionné de montagne et ski-alpinisme. Pas un chat sur cette route, malgré la discussion ça parait long mais nous finissons par atteindre vers 2h30 le parking désert d’Entre-Les-Aygues.

 

Entre-Les-Aygues, altitude 1628m, jeudi 2h35,
D+405m D-14m, 8.9 km, 1:35 pour la route depuis la base vie de Vallouise,
D+4980m D-5060m, 92.0 km, 18:27 depuis le départ des 2 Alpes

 

Après une nouvelle pause technique de 5 mn, nous repartons à gauche sur le sentier qui remonte la vallée au sud puis sud-ouest jusqu’à la bergerie dite « cabane du Jas Lacroix ». Nous sommes rattrapés dans cette montée par 3 gars, les seuls depuis Vallouise.

 

Je me souviens que lors de ma reconnaissance il y avait là un abri pour randonneurs, et je propose à Damien et Loïc d’y faire une pause pour dormir. Il est 3h50, Loïc n’a pas dormi à Vallouise, Damien et moi peu et mal, mon idée est que nous ne sommes pas très performants dans cette montée pourtant facile, et mon expérience me dit que la fin de nuit est toujours difficile et le couple fatigue plus obscurité rend la progression peu efficace, donc qu’il vaut mieux profiter de cet abri et de la fin de nuit pour dormir un peu, pour repartir avant l’aube et passer le col au lever du soleil, évitant ainsi la nuit aux passages peu marqués avant la dernière pente. Loïc et Damien sont d’accord, nous y entrons, mais alors que le bas est bien équipé avec table, banc et gaz, la petite mezzanine est vide, uniquement un plancher sans matelas ni couverture. Nous nous y allongeons cependant, avec nos polaires. Évidemment le froid nous saisit progressivement, mais nous somnolons quasi une heure, jusqu’à ce que je dise : « vous dormez toujours ? » et Damien réponde : « soit on y va soit je sors ma couverture de survie », et moi : « alors il est temps d’y aller ». En nous préparant, Loïc avise des coffres dont l’un contenait des matelas fins… trop tard ! Nous repartons après 1h21 d’arrêt dont environ 55 mn à somnoler allongés.

 

Départ de Jas Lacroix, jeudi 5h12,
D+5378m D-5077m, 97.7 km, 19:42 (dont 4:23 d’arrêts) depuis le départ des 2 Alpes

 

Le début est à la frontale, mais le jour n’est pas loin et nous les éteignons bientôt. Nous croisons un gars qui redescend et nous dit qu’il ne va pas bien. Pour moi ce n’est pas la grande forme non plus, il faut relancer la machine en ce début de journée et nous n’avons pas tellement dormi malgré ces 2 longs arrêts à Vallouise et Jas Lacroix. La montée passe sans soucis, les quelques passages rocheux plus délicats à identifier sont bien balisés, le final raide dans le schiste n’est pas glissant malgré la pluie de la veille ; nous atteignons vers 7h le col de l’Aup Martin, point culminant de la course à 2761m.

 

Col de l’Aup Martin, altitude 2761m, jeudi 7h08,
D+1229m D-17m, 10.3 km, 4:32 (3:05 plus 1:27 d’arrêt) depuis l’arrivée à Entre-Les-Aygues,
D+6209m D-5077m, 102.3 km, 23:00 depuis le départ des 2 Alpes

 

Vallée remontée vers l’Aup Martin,
vue depuis le col (photo Damien)

Loïc et Laurent au Pas de la Cavale
(photo Damien)

 

Quelques 7 mn de pause pour profiter de la vue, traversée de 13 mn en dévers dans le schiste jusqu’au Pas de la Cavale (2735m), ça ne glisse pas trop, passage sous une douche naturelle. Puis c’est la descente sur un sentier caillouteux mais qui passe bien. Plus bas nous passons Anne France, isolée, puis deux gars à l’arrêt qui n’ont pas dormi et accusent le coup, et sommes rattrapés par 2 italiens et une italienne. Je marche sans courir pour préserver mes tendons, et ça passe sans douleur, mais au prix d’une faible vitesse de progression, jusqu’au refuge du pré de la Chaumette.

 

Refuge du pré de la Chaumette, altitude 1813m, jeudi 8h50,
D+15m D-974m, 5.7 km, 1:35 depuis le col de l’Aup Martin,
D+6224m D-6051m, 108.0 km, 24:42 depuis le départ des 2 Alpes

 

Arnaud avait prévenu au briefing d’avant course que ce ravito serait réduit vu sa faible accessibilité (portage à dos d’homme), et que ce n’était pas là qu’il fallait abandonner ! Nous en profitons bien malgré tout en ce début de matinée, nous n’avons quasi rien mangé encore de la journée ! Georges, le moustachu avec qui j’étais reparti de Monêtiers, arrive, et nous repartons ensemble après une bonne vingtaine de mn.

 

La montée commence par un passage dans un pierrier (Damien : « j’aime pas les pierriers… »), je suis Georges, nous passons un gars, tandis que Damien et Loïc restent un peu derrière. Mes sensations sont correctes, sans plus, nous grimpons de larges lacets au milieu de rocaille et de végétation rase, il fait assez beau et la vue est belle. Vers le haut je passe Georges, Damien et Loïc me rattrapent au niveau de passages rocheux surplombant un petit lac perché, et nous atteignons ensemble par un final facile le col de la Vallette (2668m, 10h50).

3 mn de pause, puis courte descente par une pente schisteuse coupée de ravines, raide mais facile car le schiste délité forme comme une terre meuble quasi sans cailloux ; puis un joli petit vallon perché traversé d’un court névé. Courte remontée sur le col de Gouiran (2593m, 11h23), 5 mn de pause, redescente et traversée par de grandes moraines de schiste avant de remonter en lacets l’une d’elles sur près de 300m jusqu’au col de Vallonpierre (2607m, 12h14).

Dans la descente du col de Gouiran, vue à droite sur les moraines qui remontent vers le col de Vallonpierre
(photo Damien)

 

Il y a là des bénévoles et randonneurs qui nous accueillent, et alors que j’étais un peu à la ramasse j’esquisse en leur honneur quelques pas de course pour le final, ce qui a l’air de leur plaire… Puis je dépose une pierre sur le cairn en mémoire de Laurent Smagghe, comme mentionné dans le road-book et évoqué par Arnaud au briefing, tout en m’étonnant que le tas de pierres ne soit pas plus gros avec toutes les éditions antérieures du Défi de l’Oisans. 7 mn de pause.

 

Col de Vallonpierre, altitude 2607m, jeudi 12h14,
D+1145m D-329m, 8.5 km, 3:00 depuis le départ du refuge du pré de la Chaumette,
D+7369m D-6380m, 116.5 km, 28:06 depuis le départ des 2 Alpes

 

Reste maintenant une longue descente de 1500m de dénivelé sur 16 km jusque La Chapelle, dont les 7 derniers sur route, à gérer sans sur-solliciter les releveurs. Ça commence par une raide pente schisteuse, puis en sentier rocailleux et un replat dans les pâturages humides du lac du refuge de Vallonpierre (2271m, 12h48), que nous laissons sur notre gauche. J’avais mis moins de 13 mn en me lâchant sur cette portion lors de ma reco, il m’en faudra plus double aujourd’hui. Puis un long sentier caillouteux sur lequel je progresse en marchant, trop lentement à mon goût. Mon genou droit m’envoie des signaux depuis longtemps comme quoi il en a marre de compenser ma position d’économie en descente, et les quadriceps fatiguent aussi un peu de cette retenue. Loïc et Damien m’attendent, mais on retrouve de la végétation et Damien a le temps de profiter des myrtilles, framboises et fraises ! Je pars parfois devant, et ils me rejoignent facilement après dégustation… Le bas n’est pas dans la vallée qu’on aperçoit du haut, il faut encore suivre celle-ci longuement sur la gauche avant d’atteindre le refuge Xavier Blanc (1397m, 14h33). On remonte de quelques mètres pour rejoindre la route qu’il faut suivre sur 7 bons km jusque La Chapelle. Cette route doit être bien connue des cyclistes, des marques au sol indiquent le % de pente : 13%, 12%, 11%. Là encore il serait si facile de se laisser aller à trottiner sans effort dans cette pente sans obstacle, je me demande si je ne psychote pas avec mes sensations, vu que la douleur ne s’est pas vraiment aggravée depuis maintenant 24h, alors je retente un peu de courir, mais tout de suite je ressens comme une piqûre sur le cou de pied gauche, et je préfère assurer la sécurité et me remets en marche. Damien marche vite d’ailleurs, je me dis qu’il doit en avoir assez de se traîner, et je dois me forcer pour rester à son niveau ; mes plantes de pieds déjà douloureuses me crient elles aussi qu’elles n’apprécient pas la marche rapide sur bitume ; d’ailleurs du coup Loïc ne suit plus et ne nous retrouvera que plus loin. Nous rattrapons des randonneurs sans sac, qui marchent bien eux-aussi… et finissons par arriver au village de La Chapelle en Valgaudemar, dont on nous fait faire le tour avant de trouver la base vie, alors que quelques gouttes tombent de nouveau et qu’un orage éclate vers le sommet de l’Olan.

 

Base vie de La Chapelle en Valgaudemar, altitude 1090m, jeudi 16h07,
D+65m D-1589m, 16.1 km, 3:46 depuis le départ du Col de Vallonpierre,
D+7434m D-7969m, 132.6 km, 31:59 depuis le départ des 2 Alpes

 

Nous passons des tentes avec des lits de camp pour coureurs au repos, entrons dans un bâtiment où Philippe Daube nous accueille royalement. Nous sommes affamés et mangeons avec appétit, pâtes, soupe, etc. Après un lavage de pieds pas inutile, je passe entre les mains du kiné que j’ai déjà vu à Monêtiers qui me confirme que l’inflammation n’est toujours pas aiguë, me masse muscles et tendons et me met cette fois un strap noir du plus bel effet, s’occupe aussi de mon genou droit et des quadriceps qui ont souffert de me retenir et compenser. Puis je passe entre les mains de la podologue car j’ai des douleurs que je crois être dues aux petits cailloux, mais qui seraient plutôt liées à l’humidité et risquent de dégénérer en ampoules, donc pansement préventif et pommade anti-frottement. J’avais mis dans mon sac pour cette 3e base vie une paire de chaussures de rechange, mais après avis des kinés j’opte pour un simple changement de semelle (propre, sèche, meilleur amorti). Un grand merci aux équipes kiné et podo !

 

Alors qu’il n’y avait quasi personne à notre arrivée, pas mal de concurrents emplissent maintenant les lieux. Alain est arrivé mais n’est pas prêt à repartir avec nous. Après ces diverses remises en état, je suis prêt à repartir, Damien est déjà équipé et fin prêt depuis longtemps…

 

Départ de la base vie de La Chapelle, jeudi 17h44,
32:53 (dont 6:54 d’arrêts) depuis le départ des 2 Alpes

 

La Vaurze et Côte Belle

Nous repartons tous les trois à 17h44, après 1h37 d’arrêt. Damien est pressé car il souhaite passer de jour le col de la Vaurze, un gros morceau de près de 1600m avec des passages de torrents délicats. Loïc lui envisage de s’arrêter dormir avant le col au refuge des Souffles. Je me dis qu’idéalement il faudrait pouvoir enchaîner sans dormir jusqu’à l’arrivée, on verra…

 

Lors du débriefing Arnaud nous a dit de passer par la route plutôt que le GR pour rejoindre Villard Loubière, c’est donc encore 4,5 km de bitume qui nous attendent, relativement à plat.

 

Villard Loubière, altitude 1033m, jeudi 18h32,
D+10m D-81m, 5.2 km, 0:47 depuis le départ de la base vie de La Chapelle,
D+7444m D-8050m, 137.8 km, 31:59 depuis le départ des 2 Alpes

 

Puis commence la montée jusqu’au refuge des Souffles, qui passe assez bien.

 

Refuge des Souffles, altitude 1975m, jeudi 20h07,
D+960m D-16m, 4.0 km, 1:34 depuis Villard Loubière,
D+8404m D-8066m, 141.8 km, 35:58 depuis le départ des 2 Alpes

 

Nous faisons le petit crochet jusqu’au refuge pour reprendre de l’eau, et sommes accueillis par les gardiens qui proposent gentiment du sucre, ainsi qu’une tartelette aux framboises à Damien, qui insiste pour la leur payer. Loïc pense s’arrêter dormir, Damien veut lui continuer pour profiter du jour, je pense aussi qu’il est dommage de s’arrêter maintenant alors que nous ne sommes pas réellement fatigués et qu’il fait encore jour, il sera temps lorsqu’il fera nuit et que nous n’en pourrons plus… Loïc finit par se rallier à notre avis, avec la perspective quand même de rechercher un gîte en bas du col de Vaurze, au Désert, qui existe mais dont nous n’avons aucune garantie qu’il puisse nous accueillir. Avec ce bon accueil et la discussion, la pause aura duré 12 mn, et alors que nous n’avons vu personne depuis La Chapelle, un groupe de 5 ou 6 coureurs arrive comme nous repartons.

 

La suite emprunte le fond du cirque pour remonter sur la gauche vers le col. Le temps est très couvert et le plafond nuageux est bas, l’obscurité risque d’arriver plus tôt, et la visibilité n’est que de quelques dizaines de mètres. Nous atteignons les traversées de torrent signalées par Arnaud comme très exposées, du fait des passages rocheux et de barres en contrebas. Le sentier passe effectivement en falaise, il ne faut pas mettre les pieds à coté, mais il n’y a pas de raison… et Loïc qui a l’habitude de la montagne surveille nos pas. La pente remonte fortement après cette traversée, nous sortons des nuages peu avant que la nuit n’arrive, et finissons les derniers lacets à la frontale sous les étoiles et dans le froid. Le col est signalé par 3 bâtons lumineux, un bénévole est dans une tente légèrement en contrebas, alors qu’un autre est bien calfeutré dans une autre tente juste au sommet du col et nous lui indiquons nos numéros de dossard de la voix. Chapeau à tous ces bénévoles !

 

Col de Vaurze, altitude 2500m, jeudi 22h03,
D+594m D-150m, 5.3 km, 1:44 depuis le départ du Refuge des Souffles,
D+8998m D-8216m, 147.1 km, 37:55 depuis le départ des 2 Alpes

 

Nous ne nous attardons pas et commençons la descente, il y en a pour 1200m abrupts et caillouteux ! La partie terminale est une très raide section dans un pierrier, Loïc y casse l’extrémité d’un bâton, puis ça se redresse sur un sentier pierreux, qui repart ensuite en lacets raides, parfois droit dans la pente. La difficulté combinée de la forte pente, des cailloux et passages rocheux est accentuée par la mauvaise visibilité : nous sommes de nouveau dans un nuage et ma frontale n’éclaire que les gouttelettes, je la prends à la main pour ne pas être aveuglé par le faisceau, mais vu comme je me sers des bâtons pour me retenir pour soulager mes chevilles, je n’arrive pas à la tenir correctement et dois la remettre sur ma tête (pourquoi n’ai-je pas sorti ma seconde frontale pour la mettre à la taille ?) ; nous sortirons et rentrerons dans le nuage tout au long de la descente. Le dernier pierrier passe mal car pas du tout stabilisé, mais il marque heureusement la fin de cette longue descente, que j’ai ressenti comme la plus difficile du parcours, et qui m’aura pris deux bonnes heures du col au Désert (je l’avais estimée plutôt à 1h20) ; merci à Loïc et Damien pour m’avoir attendu tout du long !

 

Le Désert en Valjouffrey, altitude 1268m, vendredi 0h07,
D+48m D-1191m, 4.9 km, 2:03 depuis le Col de Vaurze,
D+9046m D-9407m, 152.0 km, 39:58 depuis le départ des 2 Alpes

 

Un facile chemin descendant nous mène en quelques centaines de mètres au ravitaillement du Désert en Valjouffrey, situé avant le village sous une tente plantée juste à coté du pont sur le torrent. Il est minuit, la bénévole qui nous accueille semble souffrir des conditions : la tente est assez petite (4m sur 4 environ), ouverte sur un coté, à peine éclairée, et surtout il y fait froid. S’y trouvent aussi 2 personnes de la Croix-Rouge, et un concurrent blessé, qui occupe le lit de camp ; il ne reste que 2 chaises pliantes pour s’asseoir. Après un petit quart d’heure nous repartons dans le village dont nous faisons le tour à la recherche d’un gîte comme convenu avec Loïc ; nous en trouvons un, sans accueil, avec une première pièce en cuisine et une seconde en dortoir occupé par des dormeurs, probablement des randonneurs, mais nous ne sentons pas de dormir par terre ou sur les tables et choisissons de repartir.

 

Nous entamons la montée à 0h36, l’arrêt aura été de 30mn. Pas de répit, c’est d’emblée assez raide. Mon souvenir de reconnaissance était que ce col était relativement facile, tant en montée que descente, avec un bon sentier et des lacets réguliers, mais il y a quand même 1000m de montée et autant de descente jusqu’à la base vie de Valsenestre. Nous passons un troupeau de chèvres dans la nuit, sortons du sous-bois pour monter dans la prairie… c’est vraiment raide et les enchaînements de lacets semblent interminables. Je vais mieux en montée qu’en descente car cheville et genou ne me gênent pas, et suis un peu devant Damien et Loïc dont je vois les frontales juste un ou 2 lacets en dessous. Mais je trouve ça long, je regarde régulièrement mon altimètre, ça n’avance pas, et pourtant ça grimpe ! Probablement la fatigue fait-elle son œuvre, le mieux dans ce cas est d’être patient… Coté météo ça s’arrange, nous sommes sortis de la couche de nuages et maintenant sous une magnifique voûte étoilée. À la faveur d’une erreur sur un croisement Loïc et Damien me rejoignent et le col finit par arriver. Une tente est sur le coté, pas de lumière ni de voix, les contrôleurs bénévoles doivent dormir, drôle d’idée… il faut dire qu’ils n’ont pas dû voir grand-monde depuis un moment, nous n’avons pas été dépassés depuis La Chapelle ; mais sans pitié pour eux nous appelons, une lumière s’allume et leur disons nos numéros de dossard à travers la toile de tente.

 

Col de Côte Belle, altitude 2290m, vendredi 2h50,
D+1046m D-0m, 4.0 km, 2:15 depuis le départ du Désert,
D+10092m D-9407m, 156.0 km, 42:43 depuis le départ des 2 Alpes

 

C’est parti pour 1000m de descente, effectivement facile car le sentier est très peu empierré, rien à voir avec La Vaurze ! Nous passons les cathédrales de schistes, moins spectaculaires que de jour mais quand même remarquables. Je gère encore en retenue pour limiter la sollicitation des releveurs. Les lacets passent ensuite dans une végétation qui parait luxuriante, mais c’est de plus en plus interminable avec le manque de sommeil qui prend le pas sur tout le reste, je suis devant et marque des pauses de nano-sommeil en appui sur mes bâtons, je fais même une ou deux légères chutes en titubant… nous convenons tous les 3 que nous dormirons à la base vie ! Après un long moment nous arrivons dans un sous-bois puis sur une piste qui nous conduit à la bifurcation (1500m) où il faut prendre à gauche pour un aller retour à Valsenestre alors que le col de la Muzelle est à droite. Il est 4h16, c’est la tranche horaire nocturne que je sais être la plus difficile à passer. Nous descendons la piste en marchant, croisons quelques concurrents qui repartent, mais je ne pense plus qu’à dormir tellement j’ai l’impression de tituber, et mes plantes de pieds sont douloureuses sur les cailloux du chemin ; nous atteignons le village que nous traversons sans remarquer sa beauté, et enfin la base vie.

 

Base vie de Valsenestre, altitude 1300m, vendredi 4h41,
D+0m D-1014m, 5.0 km, 1:49 depuis le col de Côte Belle,
D+10092m D-10421m, 161.0 km, 44:32 depuis le départ des 2 Alpes

 

Une bénévole nous accueille dans ce qui ressemble à une belle ancienne ferme réhabilitée, nous fait entrer dans une pièce où un magnifique buffet est présenté, Damien et moi en profitons un peu alors que Loïc va se faire soigner, puis passons à son invitation dans la pièce voisine où elle nous sert une soupe chaude et je tente de retrouver mes forces disparues devant un bon feu de cheminée. Puis nous grimpons un escalier pour rejoindre un dortoir désert où Damien et moi sombrons rapidement. Nous n’avons vu aucun autre concurrent. J’émerge après environ 2 heures de sommeil, je réveille Damien (je m’en veux encore de ne pas l’avoir laissé dormir) et vais dans la salle de soins. Le gars que j’y trouve est podologue, la kiné est en train de dormir. Il me laisse m’installer puis soigne mes pieds avec un pansement de protection amortissant sur l’avant de la plante. Dans l’intervalle un autre concurrent est entré et demande un kiné ; le podo -vu qu’il y a maintenant 2 demandeurs- va réveiller la kiné qui arrive encore endormie, ça faisait tout juste 30mn qu’elle s’était couchée… mais elle reprend vite le dessus et fait à mon collègue consentant un vigoureux massage des cuisses qui lui arrache quelques gémissements… Pendant ce temps Damien m’amène gentiment des pâtes et de la soupe, Loïc passe et nous dit qu’il part devant et nous attendra à Venosc pour que nous finissions ensemble. Je passe après ça entre les mains de Fanny qui me reconnaît car elle s’est déjà occupé de moi à Vallouise (je ne l’avais pas reconnue avec son bonnet andin sur la tête…) et elle me fait la totale : massage des faisceaux musculaires des mollets avec un outil, et des quadriceps, ischios et adducteurs ; je gère en me concentrant sur ma respiration et arrive à ne pas crier sauf quand elle change de jambe par surprise… Un grand merci Fanny pour ce super travail, je n’ai eu aucune difficulté musculaire ensuite ! Pendant cette séance Damien qui est prêt, vu que je l’ai réveillé depuis un moment… m’attend et trouve ça long ! Après ça je suis moi aussi vraiment réveillé, je remets des chaussettes propres et sèches, refais mon sac, fais le plein de liquides, prends quelque nourriture à manger en marchant, et nous partons avec Damien à 8h49, après un longue pause de 4h08 à cette base vie. Nous avons maintenant 8 bonnes heures de retard sur ma prévision, mais au moins nous sommes là !

 

Départ de la base vie de Valsenestre, vendredi 8h49,
48:40 (dont 11:44 d’arrêts) depuis le départ des 2 Alpes

 

La Muzelle et les 2 Alpes

Damien et moi remontons maintenant la piste qui nous ramène à la bifurcation, mais dans un état et avec des sensations qui n’ont rien à voir avec celles que nous ressentions en arrivant ! Nous ne faisons que marcher mais doublons plusieurs groupes de randonneurs, passons la bifurcation en 25mn soit le même temps qu’il nous a fallu pour descendre, et nous lançons dans l’ascension du col de la Muzelle. Ça passe bien, les sensations sont bonnes, nous grimpons et voyons rapidement des concurrents devant nous que nous rattrapons et doublons.

 

Vues en arrière sur le col de Côte Belle et en avant sur le col de la Muzelle (photos Damien)

 

Sur un replat en approchant de la pente terminale quelqu’un est assis devant une tente, c’est Dominique, bénévole sur le contrôle du col, installé en contrebas, qui nous avait reconnus et nous accueille chaleureusement, ça fait plaisir de le voir. Puis nous grimpons la fameuse et raide pente schisteuse terminale réputée la partie la plus technique du parcours, mais qui passe pour nous facilement avec son très récent sentier en lacets serrés réguliers, et arrivons ensemble au col à 11h02. 1h47 depuis la bifurcation et 2h12 depuis la base vie, ça fait 30mn de moins que la prévision, le repos a du bon…

 

Col de la Muzelle, altitude 2625m, vendredi 11h02,
D+1330m D-0m, 6.2 km, 2:12 depuis le départ de la base vie de Valsenestre,
D+11422m D-10421m, 167.2 km, 50:33 depuis le départ des 2 Alpes

 

Il fait beau et nous voyons derrière nous une mer de nuages dans la vallée de Valsenestre, au dessus d’elle le col de Côte Belle, et encore derrière une autre mer de nuages dans la vallée du Désert en Valjouffrey devant le col de Vaurze, superbe !

Mers de nuages sur les vallées de Valsenestre et du Désert, au milieu le col de Côte Belle,
au fond le col de La Vaurze, vus depuis le col de la Muzelle (photo Damien)

De l’autre coté c’est le lac et le refuge de la Muzelle, et au loin derrière la vallée dont le fond est invisible, les 2 Alpes, fin prochaine de notre boucle.

Lac et refuge de la Muzelle vus depuis le col,
et les 2 Alpes derrière dans les nuages (photo Damien)

 

Bon, c’est maintenant la dernière descente, mais quand même 1750m jusqu’à Venosc. Même si ça sent la fin il n’est toujours pas question pour moi de lâcher les chevaux car je ne veux pas hypothéquer ma prochaine course objectif avec des releveurs détruits. D’abord un bon sentier dans un pierrier facile, puis quelques névés dans lesquels je me lâche quand même un peu, ça fait du bien, et un sentier d’alpage quasi plat jusqu’au refuge de la Muzelle (2117m, 11h44). Je monte les quelques marches pour demander aux gardiens où trouver de l’eau, ils sont en train de déjeuner. Loïc me dira après l’arrivée qu’il était allongé là et a reconnu ma voix tout en somnolant, je ne l’ai pas vu !

Refuge et lac de la Muzelle, au fond le col,
(photo Damien)

Après le plein d’eau, Damien et moi remontons les quelques mètres pour poursuivre la longue descente. Quelques marches de bois dont certaines sont marquées « 1973 – 2003 » et « 30 ans ». C’est parfois raide et caillouteux, mais avec le repos ça passe infiniment mieux que la descente de La Vaurze ! Sur ce chemin fréquenté à cette heure nous croisons pas mal de randonneurs. Damien est toujours très facile et prend le temps de profiter des baies sauvages et de prendre des photos, alors que j’essaie pour ma part d’optimiser ma vitesse de progression. Nous atteignons enfin le bas et la route puis le grand pont sur le torrent Vénéon ; là se tient Anne France que nous avions vue dans la descente sur Pré Chaumette, je lui demande si elle est arrivée et elle me le confirme, puis aussi Georges qui a également fini, bravo. La route traverse le village de Bourg d’Arud (953m) et remonte jusqu’au dernier ravitaillement ; il est 13h42 soit 2h32 pour cette longue descente, c’est quasi ma prévision.

 

Venosc, altitude 930m, vendredi 13h42,
D+41m D-1743m, 9.3 km, 2:40 depuis le col de la Muzelle,
D+11463m D-12164m, 176.5 km, 53:34 depuis le départ des 2 Alpes

 

Contrôle dossard, puis une jeune et jolie bénévole en tenue de course nous fait les honneurs du ravitaillement, dont nous profitons pendant 9 mn avant de repartir pour la dernière bosse de près de 700m. Nous passons la gare de téléphérique dont nous allons rallier le haut, traversons le joli village par ses ruelles avec les terrasses occupées des restaurants -ce n’est pas encore l’heure pour nous- nous nous rallongeons un peu en cherchant le balisage au passage, puis suivons le sentier qui grimpe au doux son des cabines passant les pylônes. Je repense à la supportrice du début : je serais capable de sourire en cette montée de fin de course… C’est raide et il fait plus chaud qu’il n’a fait depuis 2 jours, mais nous sommes relativement bien, c’est la fin et on s’accroche ; 1h03 après nous atteignons la gare supérieure du téléphérique (1650m, 14h55).

 

Arrivée

Il ne nous reste plus qu’à suivre le balisage qui nous emmène sur le coté de la station le long des installations sportives, très fréquentées en ce début d’après-midi, à croire qu’on a voulu nous montrer qu’il y avait autre chose à faire ici que crapahuter à pied dans la montagne : tennis, golf, vtt de descente, ski et surf d’été, etc. On a bien l’impression que ce n’était pas le plus court chemin pour traverser la station, mais nous ne boudons pas notre plaisir. Et c’est enfin l’arrivée : une arche, Philippe Daube qui veut nous faire courir mais Damien « ça fait 120 bornes qu’on marche, on ne va pas faire semblant de courir maintenant… ».

 

Enregistrement, il est 15h15 ce qui nous fait pour Damien et moi 55:06:35 et 68e position ex-æquo. Mon GPS indique 194 km soit sensiblement plus que prévu, probablement un effet du cumul d’imprécisions de position. Nous signons l’affiche avec un « merci à l’organisation et au bénévoles ». Loïc arrive quelques minutes plus tard en 55:48:29 et 74e position.

 

Arrivée aux 2 Alpes, altitude 1650m, vendredi 15h14,
D+723m D-22m, 3.5 km, 1:23 depuis le départ de Venosc,
D+12186m D-12186m, 180.0 km, 55:06 (dont 43:10 de progression et 11:56 d’arrêts) depuis le départ des 2 Alpes

 

Tous les membres de notre groupe sont allés au bout : Damien et Laurent, Alain, Marielle et Christian, Gilles et Patrick ; bravo !

 

242 coureurs au départ, 169 coureurs à l'arrivée soit 70 % de finishers, alors que l’organisation en prévoyait 50% ; bravo !

 

 

Après

 

Je reste jusqu’au dimanche pour la remise des prix. Je côtoie avec reconnaissance les organisateurs et bénévoles, en particulier le samedi soir avec l’anniversaire de Laurent (le bagnard). J’ai aussi le plaisir de revoir Virginie (la souris) et faire la connaissance notamment d’Olivier (Olivier91) et Eric (coureursolitaires) que je félicite pour leurs performances.

 

Lors de la remise des prix a été évoquée la reconduction du Tour de l’Oisans dans ce format non-stop. Je pense aussi que l’intérêt de ce parcours et cette expérience du non-stop justifierait amplement une épreuve annuelle. En même temps j’ai été témoin du niveau d’implication et d’engagement des organisateurs et bénévoles nécessaires sur un événement de cette ampleur, et comprends parfaitement que le Défi de l’Oisans reste tel qu’il a été conçu : une course par étape. Peut-être un nouveau non-stop sur une future édition anniversaire ?

 

La semaine après-course, en congés, je n’ai fait que manger et dormir… Je ne reprends l’entraînement qu’après 18 jours, obnubilé par mon releveur que je sens toujours parfois légèrement en marchant, grr… ; mollets et parfois aussi ischios me font toujours des contractions et crampes… ; mon fonds de fatigue ressentie disparaît enfin. Verdict dans quelques semaines avec le Tor.

 

Analyse de ma course

55h c’est clairement plus que je n’avais imaginé.

 

Releveur… après seulement 7h15 de course, de l’ordre de 45 km et 2850m de dénivelés, c’est quand même court pour provoquer un début de tendinite. Après-coup je pense que mon entraînement concentré en dénivelés en juin a généré une tension accrue des mollets et une sensibilité des tendons d’achille que j’ai ressentie courant juillet. Donc probablement une plus grande fragilité des chevilles liée aux tensions, sur le début de course une forte sollicitation du fait des appuis instables avec la boue, s’ajoutant à un serrage de lacets imparfait et légèrement trop fort avec les multiples fois où j’ai enlevé mes chaussures pour en ôter les petits cailloux.

 

Assez peu de problème aux pieds au vu de l’humidité et de certains autres concurrents, la préparation des pieds (crème anti-frottement matin et soir la semaine précédente) m’a probablement évité les crevasses. Même si c’est certainement lié à l’humidité, des guêtres auraient quand même permis d’éviter les petits cailloux dans les chaussures et probablement de retarder l’échauffement sous l’avant plante de pieds, très sensible à partir de Vallonpierre, qui m’a fait solliciter les podologues à La Chapelle et Valsenestre et a fini avec une ampoule après l’arrivée.

 

Abandon du « mode compétition » pour me limiter à un mode « gestion pour finir » : ça reste vraiment mon point faible sur une course longue. Bon cette fois c’était pour gérer le releveur, mais il y a aussi la gestion du sommeil et des durées d’arrêt qui part en dérive… Coté vitesse de progression : je ne me fais quasi pas doubler lorsque j’avance, bien sûr une fois passé le départ de la course où j’ai laissé partir devant moi à vue d’œil environ la moitié des concurrents… en tout cas quasi pas en montée où au contraire j’en rattrape plutôt, et seulement par quelques uns en descente malgré mes soucis. Coté coefficient de ralentissement, sans l’avoir mesuré (on fait comment ?) ça ne me semble pas délirant, sauf quand même pour les descentes à partir du moment où je suis passé en mode rando. Donc c’est lors de mes nombreux et longs arrêts que je perds beaucoup de temps !

 

Analyse de mes arrêts :

  • 1e section : à Cluy, 5’30 à Besse, 7’30 aux Terrasses ; mode compét., arrêts courts.
  • 52’ à la base vie de Monêtiers : c’est le début de la dérive, en mode compétition c’est beaucoup trop long ; mais dans le contexte c’était juste un poil long mais quand même relativement correct vu le nécessaire passage au kiné et pour me remettre de mon coup de mou autour d’Arsine.
  • 1h48 à la base vie de Vallouise : je passe 46’ pour voir la kiné, manger et taper la discute (Gideon, Laurent, Manu ; moment sympa…) et me demander si je tente de dormir ou pas ; là clairement je ne suis pas en mode course. Puis 25-30’ allongé à tenter de dormir, ça c’est ok, mais était-ce le moment ? Puis encore une bonne demi-heure pour me préparer à repartir, là encore c’est carrément long. Au total 1h48 pour à peine 30’ allongé, il me faut revoir ma copie !
  • au parking à Entre-Les-Aygues, pause technique nécessaire, ok.
  • 1h21 à la cabane du Jas Lacroix : je pense que l’idée de dormir à ce moment de la nuit est bonne, sauf que j’aurais dû l’anticiper et ne pas tenter de dormir à Vallouise, une seule pause suffisait. Et vu l’absence de couverture fallait-il persister à vouloir dormir ? 55’ de sommeil ce n’est pas un cycle complet, mais déjà plus qu’un micro-sommeil, fallait-il repartir plus vite alors que le froid ne permettait que de somnoler ? Et là comme à Vallouise il y a du temps à gagner lors de la préparation pour repartir.
  • Près de au col de l’Aup Martin, là je ne suis plus en mode course, je prends mon temps pour profiter… bon ce n’est pas désagréable non plus !
  • Près de 24’ à Pré Chaumette : un peu long mais on avait vraiment faim ; cependant clairement on aurait pu repartir plus vite, ce qu’ont fait Anne France et Georges, arrivés après nous et repartis avant.
  • Aux cols : à La Valette, à Gouiran, à Vallonpierre ; peut mieux faire, mais bon quand on n’est plus en mode course…
  • en arrivant sur la route au dessus de Xavier Blanc : là encore c’est du temps perdu.
  • 1h36 à la base vie de La Chapelle : en dérive… je prends le temps de manger ; je passe entre les mains des podos et kinés, c’est long mais pas perdu ; et prends encore trop de temps pour me préparer à repartir !
  • 12’ au refuge des Souffles : on était 3, Damien a profité de la tarte aux framboises… il a fallu se mettre d’accord entre nous pour repartir, et on n’était plus en mode compét. !
  • 30’ au Désert : 15’ pour se remettre de la descente de la Vaurze, à cette heure de la nuit, c’est très acceptable ; par contre les 15’ à chercher un gîte pour dormir sont pour moi du temps perdu, la probabilité d’en trouver un à cette heure était faible, il n’était « que » minuit et c’était trop tôt ; mais on n’était plus depuis longtemps en mode course…
  • 4h08 à la base vie de Valsenestre : le plus long arrêt, mais celui ressenti comme le plus nécessaire ! En arrivant nous étions cuits, Loïc a rapidement disparu, Damien et moi avons passé un moment (non mesuré mais au moins 30’) à nous restaurer et nous réchauffer, si on avait été plus frais ça aurait peut-être pris moins de temps, quoique… Les 2h de sommeil étaient nécessaires, mais certains arrivent à dormir moins voire pas, alors ? L’heure et demie après réveil : c’était long mais je voulais vraiment ces soins et ils ont été réellement efficaces, encore merci ! Je regrette d’avoir réveillé Damien avant, mais je n’avais pas imaginé que ça pouvait prendre si longtemps et qu’il aurait été suffisant de le réveiller après si besoin. Et cette fois il ne me semble pas avoir été long à me préparer… En tout cas cet arrêt a été bénéfique : nous étions ensuite vraiment d’attaque !
  • 1’30 au col de la Muzelle et au refuge, c’est ok.
  • au ravito de Venosc : on aurait pu faire plus rapide, mais là on n’était vraiment plus à quelques minutes…
  • Soit au total quasi 12h d’arrêt, sur 55h de course ça fait 28% ce qui me parait beaucoup. Et sur ces 12h d’arrêt environ 3h20 de somnolence ou sommeil. Pour 43h10 de progression. Quels sont les ratios habituellement constatés à différents niveaux de compétiteurs ?

 

 

Bilan

Les Plus

·        Édition unique à ne pas manquer !

·        Organisation conviviale, à « dimension humaine », bénévoles très impliqués et efficaces.

  • Parcours magnifique.

·        Course exigeante comme je les aime, impliquant de nombreux paramètres liés au milieu montagnard, la météo, l’équipement et la sécurité, la durée avec l’enchaînement de plusieurs journées, la progression de nuit, l’alimentation, la semi-autonomie avec des intervalles conséquents entre ravitaillements, la gestion du repos et du sommeil, et un peu d’autonomie d’orientation avec la quasi absence de balisage.

 

Les moins

  • Je n’en vois pas…

 

Remerciements

·        Merci Arnaud pour avoir osé organiser ce Défi non-stop, et à SMAG et toute l’équipe d’organisation pour l’avoir mené à bien.

·        Merci aux bénévoles qui se sont dépensé sans compter, ont pour beaucoup aussi peu dormi que les coureurs, et dont l’efficacité a permis à cette course de se dérouler.

  • Un remerciement particulier aux équipes soignantes pour leur disponibilité et leur efficacité, podologues et surtout kinés que j’ai sollicités à chaque base vie.
  • Merci Damien d’être resté avec moi, alors que tu pouvais facilement partir devant… Bon je ne t’ai pas obligé hein ! J’ai bien compris que c’était pour ne pas mettre en risque tes vacances juste après, te ménager pour enchaîner avec l’UTMB, et que la prochaine fois tu me mettras une mine… en tout cas c’était très chouette de rester et de finir ensemble.
  • Merci aussi Loïc, c’était chouette de partager 28h et 78 km de course !
  • Merci Gilles A. pour m’avoir fait partager ton goût pour ces longues courses en montagne.
  • Félicitations à tous les concurrents : solos, duos et pacers, finishers ou non.

 

Liens

·        Résultats : http://www.smag-trail.com/article-resultats-toe-80515220.html

·        Liens vers CR, articles et photos :
http://www.smag-trail.com/article-toe-2011-suite-et-fin-81609390.html
https://picasaweb.google.com/118233201850333176661/TOE2011?authuser=0&feat=embedwebsite

·        Suivi course : http://chrono.geofp.com/toe2011/

 

 



01/09/2011
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